Un simple accident de Jafar Panahi

Quand on m’a proposé d’aller voir ce film, je n’avais aucune idée de ce dont il s’agissait. J’avais vaguement vu sur Internet l’affiche avec le logo de la Palme d’or mais étant assez hermétique aux films venus du Moyen Orient, j’ai tenté de repousser l’invitation. Et ça n’a plus été possible, toutes les étoiles s’alignant, y compris la v.o., me voilà installée devant Un simple accident.

Il arrive dès le début : un couple, plus si jeune, et une petite fille dans une voiture la nuit. C’est un peu long, toutes les scènes de voiture le seront. Puis c’est le choc, un chien percuté que le conducteur repousse sur le bas-côté. Mais un peu plus loin, la voiture fait des siennes, il faut s’arrêter, loin de tout semble-t-il. On ne sait pas où on est, c’est un peu angoissant. La gamine pleure parce que son père a tué un chien.

Arrive de nulle part un type qui propose son aide, dans une sorte de garage. On est toujours pas rassuré, tout est désert. Il y a un autre type à moitié planqué qui écoute d’une oreille inquiète les pas du chauffeur à la recherche d’un outil. Il a une drôle de démarche ce chauffeur, il boite. Celui qui écoute (Vahid) semble troublé, très troublé par ces pas. À tel point qu’il décide de suivre à moto la famille quand la voiture redémarre. Il s’assure de l’endroit où elle habite et revient le lendemain. Le spectateur ne comprend rien.

Pas plus quand en plein jour, dans une ville tumultueuse (Téhéran ?), Vahid estourbi l’homme qu’il surveille et l’enferme dans une caisse à l’intérieur de sa fourgonnette. Le film prend alors une allure de comédie improbable dont il ne se départira plus malgré sa gravité. Car Vahid, un brave type semble-t-il, a reconnu quelqu’un dans le boiteux mais il n’est pas sûr de lui. Ce quelqu’un, c’est l’homme qui l’a torturé quand il était prisonnier et cet homme-là, il veut le tuer. Mais est-ce bien lui ?

Pour s’en assurer, Vahid va demander à un ami libraire de l’identifier mais il refuse. Puis il se tourne vers une photographe de mariage (Shiva), et la mariée (Golrokh) qu’elle est en train de prendre en photo avec son futur époux. Toutes deux ont aussi eux affaire au boiteux. Un quatrième ex-prisonnier (Hamid) se joint à eux et il est absolument sûr de lui : c’est bien son tortionnaire et il va le buter ! Ici, là, maintenant, de sang froid ?

Ce qui fonctionne très bien dans Un simple accident c’est la tension constante entre la comédie de bras cassés et la tragédie qui se dessine derrière chaque individu et le pays tout entier. Aucun ne raconte ce qu’il a vécu en prison mais Vahid a constamment mal au dos car il a été frappé. Dans sa robe de mariée Golrockh est en colère et émouvante : après la prison, les viols, elle a trouvé l’amour. Mais le passé revient avec le boiteux car le passé est le présent, les islamistes sont toujours là.

Même si on ne connaît pas l’histoire de l’Iran, on ne peut être que touché par cette histoire qui fait rire et émeut à la fois. On voit un pays plein de bonté, d’amour et de vie totalement soumis à l’autorité, la violence et l’argent. Le pouvoir de la dictature est sans limite. Elle peut frapper et détruire une vie et les bourreaux sont en liberté. Ils ressemblent à tout le monde, pas facile de les distinguer.

Pour autant, faut-il répondre à la violence par la violence ? Doit-on se comporter en tortionnaire avec les tortionnaires ? Y a-t-il une place pour le pardon après la souffrance ? Autant de questions qui construisent ce film qui sait transmettre la souffrance d’un peuple à travers une apparente comédie.

 

Un simple accident de Jafar Panahi
Avec Vahid Mobasheri, Maria Afshari, Ebrahim Azizi
Sortie nationale : 1er octobre 2025 – Durée : 1 heure 41





33 réponses à « Un simple accident de Jafar Panahi »

  1. keisha41
  2. je lis je blogue
  3. Violette
  4. bulledemanouec671473c7
  5. luocine
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