
J’ai dû lire quelque part qu’on retrouvait dans Les preuves de mon innocence l’humour et le mordant de Testament à l’anglaise qui m’a tant plu. Chouette ! Je cale dès que possible le dernier roman de Jonathan Coe entre mes oreilles et j’attends… et j’attends… et… eh bien, je commence à m’ennuyer, il faut l’admettre. Et cette impression ne m’a pas quittée de toute ma lecture, malheureusement.
Jonathan Coe y met pourtant le paquet, c’est d’ailleurs peut-être un des problèmes. Il offre des pastiches de plusieurs genres et qui dit pastiche dit grosses ficelles. Elles sont censées provoquer le rire, par connivence souvent, mais quand on ne voit plus qu’elles, ça ne fonctionne pas.
Phyl vient de terminer ses études universitaires et se morfond chez ses parents. Elle travaille dans un restaurant de restauration rapide japonais et s’interroge sur son avenir professionnel. Écrire un livre ? Oui mais quoi ? Un cosy crime peut-être, c’est à la mode… De la dark academia, comme elle l’aime ? Elle s’en ouvre à une autre jeune femme, Rashida, qui vient séjourner chez ses parents. Son père, Christopher Swann, est un vieil ami de sa mère, Jo.
Christopher Swann tient un blog sur lequel il rend compte de ses recherches et observations sur la droite conservatrice britannique. Il a de quoi faire, surtout depuis le Brexit. D’autant plus qu’une certaine Liz Truss est sur le point d’être nommée Première ministre, alors que la reine agonise. On est en 2022. Christopher se rend en tant qu’observateur indésirable à une convention conservatrice dans un charmant village anglais.
J’ai audiolu ce roman, je ne sais donc pas combien de pages dure cette mise en situation, mais c’est très très long. Aucun des personnages n’ayant retenu mon attention, j’hésitais à les retrouver. Et puis enfin, il y a crime. Pas trop tôt. Une enquêtrice alcoolique et viandarde mène l’enquête qui démontre rapidement que plusieurs des présents font des coupables idéaux. Tout ça pour ça ?
Non. Car la partie suivante change de registre pour nous donner à lire les mémoires d’un étudiant, ami de Jo et Christopher. C’est plus drôle mais ça ne dure qu’un temps. Et on comprend qu’on lit à présent ce qu’écrit Phyl qui s’est donc mise à l’écriture. Ensuite Phyl et Rashida se lancent dans une enquête tout à fait improbable qui les conduit à Monaco et Venise. Absolument rien n’est crédible.
Reste le contexte. Il est beaucoup question des années 80, celles de Thatcher (je crois qu’elle a marqué Coe à vie), et de la politique britannique. Un grand nombre d’allusions me passent au-dessus n’étant pas parfaitement au fait de la politique et de l’économie du pays. Ce qui est clair, c’est que les conservateurs organisent le démantèlement de l’assurance maladie. Le portrait de ces rapaces prêts à dépecer les plus faibles pour monter encore plus haut est ce qui m’a le plus plu dans Les preuves de mon innocence. Coe n’aime pas les ultraconservateurs, les ultracapitalistes et l’extrême droite, c’est plaisant mais ça ne fait pas un roman.
Il est aussi question d’un écrivain disparu, Peter Cockryl, qui est en fait la colonne vertébrale du roman. Il permet à Coe d’évoquer de nombreux écrivains britanniques avec humour, mais jamais lui-même. Et de la série Friends dont je n’ai pas vu le moindre épisode.
Mais pourquoi, oui pourquoi, doit-on faire la queue avec l’inspectrice pendant neuf heures pour rendre un dernier hommage à la reine à Westminster ? Ok, la lecture ne dure pas neuf heures mais cet épisode est beaucoup trop long relativement à son utilité dans le roman. D’ailleurs, s’il n’existait pas, on se s’en rendrait pas compte. Et des longueurs comme celle-là, ce roman en est rempli.
Si à ce point de mon billet, vous n’avez pas compris le sujet du dernier roman de Jonathan Coe, ne me jetez pas la pierre : il y traite de nombreux sujets, se plaît à perdre le lecteur et à l’ennuyer, ce qui n’en fait pas un roman facile à chroniquer. Ni à lire. Parce qu’il y a une histoire dans l’histoire dans l’histoire, tout un tas de menteurs et un auteur qui a envie de montrer sa maîtrise narrative. Encore une grosse ficelle.
Le seul moment vraiment drôle à mes yeux est le plaidoyer anti woke de Joséphine Winshaw. Je n’ai pas la page, mais demandez à quelqu’un qui a la version papier de vous trouver le passage, et ça suffira. Et qui sait, ça vous donnera peut-être envie de lire tout le roman !
Jonathan Coe sur Tête de lecture
Les preuves de mon innocence
Jonathan Coe traduit de l’anglais par Marguerite Capelle
Gallimard, 2025
ISBN : 9782073101976 – 480 pages – 24 €
The Proof of my innocence, parution originale : 2024
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