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La sage femme d’Auschwitz de Anna Stuart

J’ai voulu comprendre pourquoi La sage femme d’Auschwitz de Anna Stuart se trouvait en tête des ventes de romans depuis des mois. Pourquoi il existe une suite. Je ne vous livrerai pas de réponse. Plutôt quelques remarques sur ce roman qu’au moment d’écrire cette chronique je ne peux qualifier que d’insipide et racoleur.

Ester est une jeune femme juive gentille qui fait des études d’infirmière. Elle vit dans une famille juive gentille et aimante. Elle rencontre Filip, un gentil juif travailleur, puceau comme elle. Il lui demande de l’épouser le 1er septembre 1939. Eh oui, le destin, que voulez-vous… mais ne soyez pas tristes (attention spoilers incroyables !) : Ester et Filip se retrouvent après la guerre, et vous savez quel jour ? Le 1er septembre 1945. Ah quand même, le destin… Et ces retrouvailles, quel feu d’artifice après toutes ces souffrances :

Il l’embrassa alors, et le monde se para subitement de mille couleurs éclatantes !

Ester et Filip se marient. Ils vivent à Lodz, sans doute la seule ville de Pologne où on ne croise pas un seul antisémite. Au contraire, il n’y a que de gentils catholiques dont Ana, sage femme qui se retrouvera enfermée à Auschwitz avec Ester. Ana a un gentil mari et de gentils fils (vous l’aurez compris) qui donnent à manger aux juifs enfermés dans le ghetto. Toujours rien après guerre sur l’antisémitisme polonais, tout juste une allusion au fait qu’Ester ne peut pas retourner dans son ancien logement, occupé par une autre famille. On sait pourtant que ces gentils Polonais se livrèrent à des pogroms après la guerre et persécutèrent les juifs qui souhaitaient récupérer leurs biens.

Mais je vous rassure, il y a aussi des méchants dans La sage femme d’Auschwitz. Ce sont les nazis bien sûr. Ils sont terribles, voire cruels. J’aurais sans doute dû faire l’effort de copier des extraits de cette prose indigente, mais j’ai audiolu ce roman, donc rien à recopier à moins de faire des arrêts en cours d’écoute. J’ai cependant pioché des citations sur Babelio, dont celle-ci, citée par un très grand nombre de lectrices (j’imagine donc qu’elles l’apprécient) et qui résume parfaitement ce que ce roman a d’affligeant :

Mais l’amour ne peut pas être anéanti par les fusils, les chars et les idéologies abjectes. L’amour ne peut pas mourir à cause de la distance ou de l’absence, de la faim ou du froid, des coups ou des humiliations. Et, quoi qu’en aient pensé les nazis, l’amour a le pouvoir de transcender le sang et de créer des liens mille fois plus forts qu’une idéologie malsaine.

Le moins que l’on puisse dire en effet, est que le nazisme est une idéologie malsaine… La pauvreté du vocabulaire de Anna Stuart est affligeante, de même que son incapacité à traduire les émotions. Superficielle serait encore trop généreux. Disons en résumé que le coeur d’Ester se serre devant tant de malheur et que parfois, elle pleure… Mais heureusement, elle prie, tout comme Ana. Dieu les écoute bien sûr et Il va les aider à sortir de ce mauvais pas… Et dire que certaines mauvaises langues ont prétendu qu’Il avait déserté les camps de concentration…

Emportée par la désolation née de ce roman, je ne vous en ai pas raconté l’intrigue captivante. Ester, jeune mariée, est envoyée à Auschwitz ainsi que son amie Ana. Toutes deux vont aider les déportées à accoucher pendant deux ans. Ester elle-même va accoucher (elle est infirmière, fait office de sage femme, mais ne se rend pas compte qu’elle est enceinte avant qu’Ana le lui dise, à quatre mois…). Elle tatoue sa petite fille à l’aisselle de son numéro à elle car les méchants nazis emportent les bébés pour les germaniser. Elle espère la retrouver après guerre grâce à ce tatouage.

J’espère que l’on comprend que je ne remets pas en cause ce qui s’est passé en particulier à Auschwitz pour les déportées enceintes. Ce qui m’afflige, c’est l’indigence de l’écriture et la mièvrerie des sentiments. Tout est superficiel et caricatural, les clichés sur l’horreur des camps sont multiples. Ce qui est important pour Anna Stuart, c’est l’histoire d’amour entre Ester et Filip : vont-ils se retrouver ? (bon, je vous ai spolié la fin, vous savez que oui…). La sage femme d’Auschwitz de Anna Stuart est donc avant tout une romance et donc comme il se doit, un roman feel good… sur Auschwitz. À lire à la plage ou pendant les vacances puisqu’il est le roman le plus vendu durant l’été 2024.

L’audiolecture n’a rien arrangé. Cristelle Ledroit fait ce qu’elle peut. Elle s’est par exemple renseignée sur la prononciation polonaise et Lodz est correctement prononcé « woutch ». Mais sa lecture accentue bien souvent la mièvrerie des phrases toutes faites et insipides. C’est particulièrement vrai pour un personnage nommé Naomi, jeune juive enceinte du camp. Cristelle Ledroit lui donne une voix de lycéenne débile censée traduire (je pense) son indéfectible optimisme.

Ce livre est (à ce jour) noté 4,53/5 sur Babelio. Les lectrices enthousiastes expliquent que c’est un livre qui « t’ouvre les yeux sur la réalité des choses qui se sont déroulées la bas », « une claque et une lecture nécessaire », « un récit poignant, dont aucun lecteur ne ressortira indemne », une histoire « émouvante, sublime, bouleversante…, la juste dose de romance et de faits réels/historiques ». « C’est triste et dur ! Mais si bien écrit ». « Chaque passage, chaque chapitre m’a toucher en pleins coeur » [orthographe d’origine].

Un jour viendra où ce que les gens sauront d’Auschwitz c’est ce que contient ce roman facile à lire qui fait passer un « bon » moment riche en émotions : que la vie dans les camps était triste et dure mais qu’heureusement, il y avait des femmes courageuses qui ont tenu tête aux méchants nazis.

Les romancières ne se gênent pas pour surfer sur la vague Auschwitz. Anna Stuart elle-même a donné une suite à ce roman, La sage femme de Berlin (Ester va-t-elle retrouver son bébé ?) puis L’Orpheline d’Auschwitz pour profiter de ce filon enrichissant. Il s’agit en fait de la série « Women of War », qui compte à ce jour 5 volumes en anglais. Pour vous donner une idée du rythme d’écriture d’Anna Stuart alias Joanna Courtney alias Joanna Barden, elle a en 2021 publié 3 tomes de la série « World War II Remembered » ; en 2022, La sage femme d’Auschwitz et un tome de la série « The Bletchley Park Girls » ; en 2023, La sage femme de Berlin et un tome de « The Bletchley Park Girls » ; en 2024, 3 autres tomes de la série « Women of War ». Qu’est-ce qu’on ne fait pas quand même avec trois mots de vocabulaire !

Chez le même éditeur on trouve La conteuse d’Auschwitz de Siobhan Curham (aussi bien noté). On lira bien sûr aussi Le tatoueur d’Auschwitz (« L’histoire vraie d’un homme et d’une femme qui ont trouvé l’amour au coeur de l’enfer« ) et Les soeurs d’Auschwitz de Morris Heather. Tous des best sellers.

Je vous recommande pour ma part cet article sur Stanislawa Leszczynska qui a inspiré Anna Stuart. Heureusement, elle est morte sans avoir lu ce livre…

 

La sage femme d’Auschwitz

Anna Stuart traduite de l’anglais par Maryline Beury
City Editions, 2023
ISBN : 978-2-8246-3746-4 – 384 pages – 20 €

The Midwife of Auschwitz, parution originale : 2022

 

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