
Tout commence par un type qui doit céder sa place dans un avion à un agent du FBI. Il ne le fait pas de gaieté de coeur mais contre rétribution et puis, pourquoi ne pas rallier New York en stop, ça permettra de rencontrer des gens… Et de ce côté là, Tim Jamieson, ex-flic, ne va pas être déçu. Car il pose ses valises à DuPray en Caroline du Sud, ville de 5 000 habitants au milieu de nulle part avec, tenez-vous bien : une épicerie ouverte 24/24, un shérif, trois adjoints et bientôt Tim, embauché comme veilleur de nuit. C’est-à-dire que chaque nuit il parcourt les rues de la ville pour y faire régner l’ordre… Ils sont fous ces Américains !
Et puis tout à coup, exit Tim, place à Luke Ellis, 11 ans et plus que surdoué. Un môme sympa, qui fait la joie de ses parents qui ne comprennent pas comment ils ont pu engendrer pareil génie.
Mais voilà qu’une nuit, triste nuit, Luke se fait kidnapper et ses parents assassiner. Un commando hyper organisé l’emmène à l’institut où se trouvent d’autres enfants kidnappés. Luke est complètement paumé, ne sait pas pourquoi il a été enlevé ni ce qu’il fait là. Les autres gamins non plus, pas vraiment. Ils savent qu’ils doivent passer un certain temps à l’Avant et subir des tests et des interrogatoires, avant de passer à l’Arrière où le ciel est plus bleu. Vraiment ?
Luke se fait des amis et comprend qu’ils sont comme lui, particuliers. Il semble être le seul surdoué mais les autres ont des capacités psychiques hors norme : télépathie et télékinésie. C’est pour ça qu’ils ont été enlevés, pucés et enfermés. Luke n’a jamais fait vraiment attention à ses talents télékinétiques, mais il les connaît. Ce qu’il ignore c’est ce qui se trame dans l’institut et ce que les adultes qui y travaillent cherchent à obtenir. Au passage, vous apprenez ce qu’est le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor ou facteur neurotrophique issu du cerveau), pas une invention de Stephen King, mais l’utilisation qu’il en imagine pour ce roman est assez inquiétante.
Quoi qu’il en soit, ces gens sont prêts à tout, y compris à torturer les gamins récalcitrants. Ils les frappent, les malmènent, les enferment quand ils résistent. Car certains résistent, dont Luke qui décide de s’enfuir. Mais l’institut fonctionne depuis plus de cinquante ans et jamais personne ne s’est enfui. Luke compte sur Maureen, la femme de ménage avec laquelle il a sympathisé. Il ne sait pas qu’elle fait semblant de l’aider et qu’elle est une moucharde.
Il y a donc dans ce King-là beaucoup d’action et de rebondissements, du genre où on défouraille et on tue tout le monde. Mais pas que. Car de nombreuses pages s’intéressent aux enfants et adolescents enfermés, à leurs liens, leur amitié, leur solidarité.
La situation de Luke est très fluctuante et le lecteur s’interroge sur son devenir. Les tests qu’il subit sont longuement décrits, parfois un peu trop. Il rencontre Tim bien sûr, c’est lui le brave type cette fois, celui qui sait écouter et que rien n’intimide.
Il y a dans L’institut de quoi passer des nuits à philosopher sur le Bien et le Mal. Les gens qui s’y livrent à des expériences ne sont pas sans rappeler certains sadiques de camps de concentration qui expérimentaient sur des prisonniers. Ici, on finit par savoir ce qui se trame et King le démoniaque nous fait douter. Et si toute cette souffrance pouvait sauver l’humanité ? Je n’en dévoilerai pas plus mais la réflexion est de taille… King size !
J’ai audiolu ce roman lu par Benjamin Jungers.
Stephen King sur Tête de lecture
L’institut
Stephen King traduit de l’anglais (américain) par Jean Esch
Albin Michel, 2020
ISBN : 9782226443274 – 608 pages – 25,90 €
The Institute, parution originale : 2019
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