l'inconnue de la Seine

Simon est un libraire parisien de livres anciens. Il tombe un jour sur le célèbre masque mortuaire de l’inconnue de la Seine, au sourire si troublant. Il s’enquiert de l’histoire de la jeune fille auprès du vendeur et elle devient une obsession. Car elle est un mystère et permet de tout imaginer, ou presque. Lui-même a perdu sa bien-aimée, Marie, dont on ne saura pas grand-chose si ce n’est qu’elle est toujours très présente pour lui. Il va en quelque sorte projeter l’inconnue en elle.

Simon s’engage timidement, d’abord à corps perdu ensuite, dans des recherches pour savoir qui était cette noyée. On lui parle d’un repêchage en 1901 dans le canal de l’Ourcq. Il commence par la morgue et ses registres. Les noyées, ce n’est pas ce qui manque. Il en trouve donc une qui correspond aux renseignements déjà glanés.

Puis ce sont les journaux, eux aussi remplis de noyés et noyées. Quelques mots, à peine trois ou quatre lignes pour signaler que des mariniers ont repêché un corps. Parisiens et Parisiennes sont ainsi invités à se rendre à la morgue pour identifier tous ces inconnus, désespérés ou assassinés. Mais je m’éloigne du roman de Didier Blonde… car le sujet m’intéresse.

À la bibliothèque nationale qui est encore celle de Richelieu, Simon fait ses recherches dans les journaux à partir de micro-films, le malheureux. On ne remerciera jamais assez les stagiaires qui ont scanné une à une toute les pages de la presse française disponible à la BNF pour les rendre accessibles en ligne : quel gain de temps considérable, inestimable.

Et bien sûr, Simon trouve ce qu’il cherche. Il trouve confirmation dans les journaux et dans la littérature car nombreux sont les écrivains (Rainer Maria Rilke, Jules Supervielle, Louis Aragon, Odön von Horvath, plus tard Guillaume Musso…) et les artistes fascinés par cette souriante noyée. Au point qu’il est possible de parler de thanatographie plutôt que de biographie puisque cette jeune fille est plus célèbre morte que vivante.

Un visage beau comme un corps de femme. Paupières closes, pommettes saillantes, cheveux en bandeaux plaqués sur les oreilles, légère inclinaison de la tête sur le côté dans un mouvement de défense à peine perceptible, et cette peau si blanche, diaphane, ces traits si purs, un songe, enfin ce sourire perpétuel, comme une ironie polie, tellement étrange. 

© Roger-Viollet

J’ai plaint Simon tout du long, sachant que cette noyée n’avait rien à voir avec 1901. Mais je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer cette quête de la femme aimée et fantasmée. Car il ne s’agit pas d’une enquête journalistique ou policière autour d’une inconnue disparue. C’est une déambulation intime et parisienne autour d’un mystère et d’un deuil qui se répondent.

Parce que cette Belle Époque fait quasiment partie de mon quotidien aujourd’hui, j’ai suivi Simon le libraire avec intérêt et curiosité. Même si je pensais au départ à un essai de type journalistique autour de l’inconnue de la Seine, je n’ai pas été déçue par ce roman.

 

L’inconnue de la Seine

Didier Blonde
Gallimard, 2012
ISBN : 9782070137732 – 128 pages – 14.90 €

 

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36 responses to “L’inconnue de la Seine de Didier Blonde”

  1. nathalie
  2. luocine
  3. bulledemanouec671473c7

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