
Quelle tristesse… Je me suis demandé s’il valait la peine d’écrire un billet sur cette immense déception qu’est Everglades. En en lisant des éloges partout, je me suis dit que oui. Car écrire m’aidera sans doute à mieux comprendre mon ressenti si négatif. Avant de lire le dernier roman de R. J. Ellory traduit en français, j’ai déjà lu cinq de ses romans dont trois classés dans la catégorie « A lire absolument » de ce blog. C’est dire si je me réjouissais. Manquant de temps pour tout, j’ai opté pour l’audiolecture et très clairement, je n’aurais pas dû.
À mes yeux, le principal problème de Everglades est sa lenteur. L’auteur britannique n’est certes pas un habitué du roman d’action. Mais là, il n’y a pas la moindre intrigue avant… 60 chapitres (sur 82). Et encore, tout est plus ou moins cousu de fil blanc.
Garrett Nelson est un adjoint du shérif tranquille peinard. Pas de femme, pas d’enfant, pas d’aspiration à la promotion. Un père compromis mais suicidé et une mère folle. Et comme c’est un mec sympa, il accepte de dépanner les collègues pour un trafic de drogue. Oui mais voilà, Nelson est blessé et doit raccrocher. Là nous en sommes de mémoire au chapitre 20. Je continue mon résumé puisque nous sommes encore très loin d’être au coeur du roman. Mais si vous préférez garder un minimum de « surprise », passez les trois paragraphes suivants.
Blessé à la jambe, Nelson doit subir quelques séances de rééducation. Qui s’avèrent bientôt un plaisir grâce à la charmante Hannah Montgomery. Elle lui trouve un travail à la prison où travaillent son père et un de ses frères. Voilà notre Nelson bientôt gardien dans le quartier des durs à cuire et même dans le couloir de la mort.
Arrivé à ce stade, toujours pas l’ombre d’une intrigue. Le schéma narratif se résume à Nelson adjoint du shérif, Nelson se fait tirer dessus, Nelson à l’hôpital, Nelson rencontre l’amour, Nelson devient gardien de prison, Nelson monte en grade… C’est très très long.
Autour du chapitre 60, trois types s’évadent enfin. Mais ça fait pschitt, rien à voir avec notre Nelson avant les tout derniers chapitres. Le seul intérêt vient des relations que Nelson noue avec un jeune condamné à mort qui ne veut pas se défendre. Nelson n’a pas le droit de parler aux prisonniers enfermés dans le couloir de la mort mais il écoute son coeur bien sûr et lui pose des questions. Si après deux répliques, un lecteur n’a pas compris pourquoi le prisonnier n’a pas voulu se défendre, il peut retourner lire Oui Oui. Bref, encore une déception.
Le propos d’Ellory est bien sûr d’écrire sur la peine capitale et sur le couloir de la mort. Mais on est loin par exemple de En ce lieu enchanté de Rene Denfeld et encore plus loin de La ligne verte du grand Stephen King.
Mais ce qui a rendu l’audiolecture très pénible, c’est la lecture de Christophe Cayssac. Il lit ce roman, globalement dramatique voire même tragique par moment, d’un ton guilleret tout à fait inapproprié. Et surtout, il transforme sa voix pour incarner Hannah et c’est absolument désastreux. Il essaie de mimer une voix de femme mais le timbre haut perché est horrible, on dirait une débile mentale. C’est un complet ratage, pas seulement pour les personnages féminins. Dès le début, j’ai eu envie d’arrêter l’écoute pour passer à la version papier mais je ne l’avais malheureusement pas.
Ensuite, Christophe Cayssac a un accent anglais lamentable. Par exemple, il prononce Jeffreys « djefraiz », Forsyth « forsite » et sans le moindre scrupule Macon près d’Atlanta reste tout simplement « Macon ». La moindre des choses quand on lit un livre traduit de l’anglais est de se documenter. Il existe une chaîne youtube qui nous renseigne, pauvres Français, sur la façon de prononcer les noms propres américains les plus retors. C’est gratuit. Pas l’audiolivre lu par Christophe Cayssac.
Je sors donc extrêmement agacée de cette audiolecture à laquelle je n’ai pas trouvé un seul point positif.
R. J. Ellory sur Tête de lecture
Everglades
R.J. Ellory traduit de l’anglais par Etienne Gomez
Sonatine, 2025
ISBN : 978-2383992073 – 456 pages – 24 €
The Bell Tower, parution originale : 2024
Laisser un commentaire