
En attendant le déluge de Dolores Redondo s’inspire d’un fait divers que je ne connaissais pas (trop récent sans doute…). À la fin des années 60, un tueur en série surnommé Bible John assassine des femmes en Écosse, puis disparaît. L’inspecteur Noah Scott Sherrigton le traque depuis cette époque, il lui a en quelque sorte dédié sa vie : pas de femme, pas d’enfant. Quand le roman commence, il est au volant de sa voiture et croise un homme qu’il soupçonne être le tueur. Il le suit.
Et le lecteur aussi. Car on a vraiment envie de savoir si les pressentiments de Noah et sa persévérance vont donner ses fruits. Pour arrêter ce tueur, il va quitter son pays et le traquer jusque Bilbao. Il découvre que cette ville du Pays basque a bien des points communs avec l’Ecosse, entre autres son climat épouvantable. Nous sommes dans les années 80, la région est en proie à l’ETA, comme en Irlande l’IRA.
Noah n’est pas dépaysé à Bilbao, aussi parce que c’est vraiment un homme bon. Une petite bande de personnages gravite autour de lui, dont Mikel Lizarso qu’il met dans le secret de son enquête. Il y a le jeune et attachant Rafa, la belle Maïte, une psychologue. Un petit monde sans doute trop sympathique pour être vrai, mais réconfortant dans cette atmosphère de fin du monde (il pleut, il pleut, il pleut… jusqu’au déluge et l’inondation de la ville).
Mais, et c’est une excellente idée, le lecteur a aussi accès au tueur. Certains chapitres adoptent son point de vue au présent de la narration et d’autres donnent accès à son passé. On le découvre enfant, à la source de son traumatisme. Ça n’excuse pas ses meurtres mais permet de comprendre. Et c’est très perturbant. On a envie de rejeter le tueur mais Dolores Redondo dévoile un homme devenu ce qu’on se plaît à appeler un monstre, c’est plus simple.
Le contexte est aussi maîtrisé que les personnages. Il n’est pas nécessaire de tout savoir sur l’ETA et l’IRA pour comprendre car l’auteure fournit les renseignements nécessaires. La portée politique est indéniable et donne encore plus d’épaisseur à l’intrigue et aux personnages.
Enfin Dolores Redondo maîtrise aussi les scènes dantesques du genre combat à mort dans la boue et sous la pluie ou poursuite/noyade dans Bilbao submergée. Nous sommes en 1983 et la ville connaît la plus terrible inondation de son histoire. Un air de fin du monde plane sur En attendant le déluge, et sur Noah Scott Sherrigton. Car je ne vous ai pas tout dit sur cet inspecteur qui n’est pas tout à fait au meilleur de sa forme…
Dolores Redondo sur Tête de lecture
En attendant le déluge
Dolores Redondo traduite de l’espagnol par Isabelle Gugnon
Gallimard, 2024
ISBN : 978-2073018694 – 560 pages – 21 €
Esperando al diluvio, parution originale : 2022
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