
2063. James Wright, écrivain, vit ses derniers jours sur son lit d’hôpital. Il écrit alors ses mémoires qui dressent le portrait de la vie littéraire durant plus de dix décennies. Années ô combien agitées puisque c’est alors qu’un scientifique met au point le test de Zimmerman permettant de savoir, grâce à une simple prise de sang, si l’on est ou non porteur du gène de l’artiste. Le monde littéraire, et en particulier les éditeurs, ne se fonde plus, dès lors que sur le test : on est ou on n’est pas écrivain, peintre, sculpteur… James Wright est un de ceux qui refusent de se soumettre à la dictature du test. Sa carrière d’écrivain en est bouleversée.
On ne peut s’empêcher de sourire en lisant cette description d’un monde littéraire qui n’a plus rien à raconter. Les critiques, privées de leurs prérogatives puisque le talent des auteurs publiés n’est plus à prouver, rabâchent et glosent sur des portraits, concourent pour la place du meilleur poncif. C’est aussi un travail de réflexion sur la création, à travers ce James Wright qui reste des années sans pouvoir écrire et ne retrouve son génie que pour être le nègre d’un auteur testé positif. Sa vie durant, il a douté et lutté contre la tentation de savoir si oui ou non, il était un artiste. Et alors que le lecteur croit le savoir grâce à l’avant-propos du récit de Wright, l’auteur, dans une pirouette finale, amène le lecteur à douter, lui aussi. Doutons donc, c’est encore la meilleure façon de rester éveillé.
Le gène du doute
Nicos Panayotopoulos traduit du grec par Gilles Decorvet
Gallimard, mars 2004
200 pages, 16€
To gonídio tīs amfivolías, parution originale : 1999