
Le Mal a-t-il une raison d’être ? Répond-il à une logique humaine où à une quelconque transcendance ? Saul Laski, rescapé des camps de la mort décide de consacrer ce qui lui reste de vie à répondre à ces questions et à retrouver celui qui l’humilia lors d’une partie d’échecs jouée avec des pièces humaines : l’Oberts Wilhelm von Borchert.
C’est en 1980 qu’il retrouve sa piste aux USA où il est devenu Willi Borden, producteur à Hollywood. Peu à peu, des liens se tissent entre lui et deux adorables et monstrueuses petites vieilles, douées comme lui du Talent de s’immiscer dans l’esprit des gens, d’annihiler leur volonté et de les soumettre à la leur. Ils utilisent leurs victimes pour le seul plaisir d’un Jeu sanglant, violent, gratuit qui alimente leur soif de puissance et de longévité. Mais ils vont découvrir qu’ils ne sont pas les seuls vampires psychiques de ce bas monde et s’affronter dans une lutte qui ne peut avoir pour fin que l’anéantissement des autres.
Pour répondre aux questions posées ici, Dan Simmons pose magistralement l’Homme comme unique réponse au problème du Mal. L’Homme et l’Homme seul a le pouvoir et le désir d’anéantir ses semblables, de les nier et de les humilier. Que quelques êtres humains charismatiques et puissants décident que d’autres sont de trop et la machine se met en marche, comme celle du 3ème Reich. Ce n’est pas par hasard que Dan Simmons choisit pour héros un juif polonais et une jeune noire américaine : le temps passe mais les exclus sont toujours là, et toujours là aussi les volontés avouées ou non de se débarrasser de ces » races inférieures « . Et il leur fait subir les pires épreuves tout au long de ces quelques mille pages dont le rythme et l’intérêt ne faiblissent jamais. Lors des scènes de manipulations psychiques, on retrouve la veine horrifique de Simmons qui fait accomplir à ses personnages des exploits extraordinaires alors qu’ils ne sont plus que des morts-vivants.
Les monstres sont parmi nous, souvent avenants et brillants, et ils nous manipulent, nous soumettant à leur désir obscène de domination. Mais Saul Laski a prouvé qu’il est possible d’échapper à la violence et au mal absolu par la seule force de sa volonté. Même si le Mal fera toujours partie intégrante de l’être humain.
Dan Simmons sur Tête de lecture
L’échiquier du mal : l’intégrale
Dan Simmons traduit de l’anglais (américain) par Jean-Daniel Brèque
Denoël (Lunes d’encre), juin 2003
1003 pages, 29€
Carrion Comfort, parution originale : 1989