
Moi, j’ai jamais fait brûler de chien. D’accord, c’est amusant, mais il y a quand même d’autres choses plus intéressantes ! Deux ans après avoir tué Blyth, j’ai assassiné Paul, mon petit frère, pour des raisons différentes et nettement plus fondamentales.
Frank, le narrateur, a dix-sept ans. Il vit seul avec son père dans une maison isolée entourée d’eau. Il a son sanctuaire, où il ramène des cadavres d’animaux, et des rites bien précis qui structurent ses journées.
Car Frank ne va pas à l’école : son père n’a jamais déclaré sa naissance, c’est comme s’il n’existait pas. Et puis Frank souffre d’un handicap rédhibitoire : un chien lui a arraché le sexe alors qu’il avait trois ans. Le père, monomaniaque des chiffres, fait comme si de rien n’était, enfermant à double tour ses secrets dans un bureau. Et tout à coup, ils apprennent que le frère aîné s’est échappé de l’asile. Il cherche à rentrer chez lui, parsemant son chemin de cadavres de chiens brûlés vifs.
On aura compris que Iain Banks nous plonge au cœur extrêmement noir d’une folie familiale en marche. C’est sur un ton naturel et détaché que Frank explique pourquoi et comment il a tué plusieurs enfants. Tentant de construire une identité floue, il s’applique à élaborer des rituels de souffrance et de sang pour combler les manques de sa vie. La vérité se révélera plus cruelle que son imagination détraquée.
Il faut aimer les tragédies psychologiques pour entrer dans ce livre-là, paru dans la collection « Thriller fantastique » du Fleuve noir, mais qui est surtout selon moi l’introspection sombre d’une âme humaine trompée et vengeresse.
Iain Banks sur Tête de lecture
Le seigneur des guêpes
Iain Banks traduit de l’anglais par Pierre Arnaud
Fleuve noir (Thriller fantastique n°9012), janvier 2005
222 pages, 5,50€
The Wasp Factory, parution originale : 1984