
Kirrick est un brave petit rouge-gorge courageux. Les méchantes pies qui sèment la terreur au Royaume des Oiseaux ont tué ses parents. Car Slyekin a décidé et organisé l’extermination totale de toutes les races qui ne sont pas des corvidés. Kirrick, qui veut faire quelque chose pour son peuple, rencontre Tomar, vieux hibou qui présidait jadis le Conseil des Hiboux. Ils forgent un plan et voilà le frêle rouge-gorge parti pour trois voyages périlleux dont le but est de rassembler les oiseaux les plus forts (faucons, aigles, oiseaux de mer) pour tendre un piège aux pies.
Mais Le royaume de Kirrick n’est pas paru en édition jeunesse en France. Traitons-le donc comme un roman pour adultes. Disons tout de suite qu’il suinte les bons sentiments. Le manichéisme est la pierre d’angle de ces aventures animalières. Dès le départ, on comprend le problème :
Une entreprise gigantesque pour un si petit être, dont dépendait la survie de toutes les créatures à l’âme et cœur purs.
Les clichés succèdent aux phrases convenues (« n’écoutant que son courage…« , « Kirrick emportait avec lui, sur son dos, les espoirs des générations présentes et futures« ). Mais le pire est atteint dans les descriptions psychologiques et physiques, anthropomorphisées à outrance. D’ailleurs, j’aimerais bien voir à quoi ressemble un oiseau ayant les « yeux cernés par le manque de sommeil » ! Et le comble du ridicule surgit lors d’une scène de viol entre oiseaux. Le but final de la mission est de rétablir l’ordre naturel que la dictature des pies a perturbé. Les oiseaux passent pourtant allègrement des pactes avec les autres espèces. Les aigles jurent de ne plus manger de lapins et les oiseaux de ne plus avaler aucun insecte ! C’est incohérent en plus d’être mièvre. Mais quand les éditeurs cesseront-ils donc d’invoquer Tolkien derrière les quatrièmes de couverture ?!
Le prière d’insérer précise que les droits ont été achetés par Disney. On imagine très bien quel genre de guimauve cette machine à rêves formatés pourra en tirer.
Le royaume de Kirrick
Clive Woodall traduit de l’anglais (américain) par Madeleine Nasalik
Albin Michel, avril 2005
267 pages, 18,50€
One for sorrow, two for joy, parution originale : 2002