La Malvenue de Claude Seignolle

Jadis en Sologne. Quand ? Peut-être hier, avant une guerre, ou avant-hier, à l’aube d’un siècle… Une Sologne où les champs se moissonnaient à bras, où les bœufs tiraient les charrues et les hommes vivaient ensemble, se regardant, s’épiant, se mariant d’un hameau à l’autre. Une Sologne qui a dû rester longtemps la même. La vie rythmée par le travail, les veillées, l’arrivée ou le départ des enfants.

Puis un jour, dans ce lieu éternel, un Breton, autant dire un étranger, retourne son champ et tranche le cou d’une statue. Malgré son œil mauvais, il la ramène chez lui, signant ainsi sa malédiction. La tête antique n’aura de cesse de tarauder le paysan jusqu’à ce qu’il la réunisse à son corps. Mais avant ça elle fera du mal, inscrivant sur le corps même des membres de la famille sa haine des Hommes. Jeanne, fille posthume du Breton naît avec au front une marque d’infamie qui lui vaut le surnom de Malvenue.

Seize ans plus tard, c’est une belle fille qui traîne derrière elle les regards des garçons. Mais elle trouve un jour les morceaux fracassés de la tête de la statue qu’on a tenté d’éloigner alors qu’elle n’était qu’un nourrisson. Elle s’empare des beaux cailloux blancs et le Mal s’insinue en elle. Elle met le feu à la meule durement moissonnée, fait accuser un innocent, pousse un prétendant à brûler la ferme de ses parents : le Mal est revenu à la ferme de la Noue, incarné dans une jolie fille de seize ans…

Seignolle n’écrit pas un roman : il raconte une histoire. Il nous la murmure pour mieux nous envoûter, n’oubliant ni les bruits, ni les odeurs d’un terroir disparu. Ce monde de nuit et de cris a été remplacé par la lumière et le bruit. La vie passe plus vite, aussi est-ce un bonheur de retourner en arrière, de revivre pas à pas les instants de vie et de malheur de cette famille comme les autres.

Toute la Sologne d’hier est là, jusque dans le vocabulaire. Mais parce qu’il n’est pas que folkloriste, Seignolle sait mener son intrigue, alternant les époques à chaque chapitre pour mieux attiser l’impatience du lecteur. Cette statue redoutable, digne de Mérimée, nous plonge dans un fantastique rural et quotidien, terrifiant de crédibilité.

 

La Malvenue

Claude Seignolle
Phébus (Libretto n°6), mai 1998
241 pages, 59 F

Parution originale : 1952







Recevez des nouvelles de Tête de lecture par mail