
Il sera bientôt pléonastique de dire que Denis Guiot est un découvreur de jeunes écrivains. Après Nathalie Le Gendre et Manon Fargetton, entre autres, c’est au tour de Loïc Le Borgne d’entrer dans la collection « Autres Mondes » de chez Mango. Autre nouveauté pour ce quarantième volume : il s’agit du premier d’une trilogie. Je ne sais comment les bibliothécaires jeunesse recevront cette initiative tant il y a déjà de trilogie en quatre ou cinq volumes à dépatouiller…
Le contenu : Marine Téo est une jeune adolescente de douze ans qui vit dans un austère couvent sous la férule des sœurs de l’Ombre Sacrée. Abandonnée à l’âge de trois ans, Marine n’a que ses rêves pour s’évader. Mais voilà qu’un beau jour, le jeune pirate Shark lui propose beaucoup mieux : quitter la station orbitale Cézembre et son couvent à tout jamais pour le suivre vers une vie « d’aventures et d’émotions fortes« . Et la voilà à bord de l’Epaulard, superbe vaisseau pirate commandé par son oncle, le capitaine Orca. Il lui apprend que son père est vivant, qu’il souhaite la voir et que sa mère était une princesse, jadis assassinée par les Puissances.
Nul doute que Loïc Le Borgne précipite son lecteur dans l’action et qu’il a su inventer à sa jeune héroïne un passé assez flou pour permettre tous les avenirs : l’orpheline devient quasi princesse et l’enjeu de luttes que l’on devine bientôt sans pitié. Schéma somme toute classique. Il y a pourtant pas mal de choses que me contrarient dans ce premier volume et d’abord les cinq premières pages avant le prologue baptisées « Extraits de l’Encyclopédie des Trois Cents Soleils« . Ce n’est ni plus ni moins qu’une page de livre d’histoire collée là pour qu’on comprenne la suite sans que l’auteur ait à expliquer le passé de son univers en cours de récit. C’est totalement maladroit et indigeste : difficile de se rappeler les informations qui y sont données en lisant le roman lui-même, à moins d’y retourner sans cesse. C’est à mon avis une facilité d’écriture qui dessert et l’histoire et l’auteur. Je n’ai ensuite pas été totalement conquise par cette histoire car une fois l’enlèvement de Marine opéré, il ne se passe absolument plus rien pour ce qui est de l’action. Orca dévoile à la jeune héroïne beaucoup de choses sur son passé, les personnages sont introduits, un peu systématiquement les uns après les autres et surtout, on est noyé sous un flot d’informations technologiques qui nuit à la clarté du propos et au dynamisme de l’action. Bref, on se traîne et c’est bien dommage.
Heureusement, quelques pistes sont tracées qui ouvrent le suspens tant au niveau de l’action (comment se passera la rencontre entre Marine et son père, que veut le sinistre mercenaire Skykiller lancé à la poursuite de l’Epaulard, quels sont les pouvoirs de l’Oeil bleu, cet artéfact qui guérit toute chose ?), que des membres de l’équipage assez habilement brossés pour entretenir le mystère, ou au moins la curiosité.
On espère donc un second tome plus homogène où l’aventure et le space opera l’emporteraient sur le descriptif et le technologique. Les personnages sont aussi un indéniable atout de ce nouveau venu en SF jeunesse.
Loïc Le Borgne sur Tête de lecture
Trilogie des Enfants d’Eden / 1 : Marine des Etoiles
Loïc Le Borgne
Mango (Autres Mondes n°40), septembre 2006
196 pages, 9€