Nicolas Eymerich, inquisiteur de Valerio Evangelisti

Voici le premier volume des aventures d’un inquisiteur tout ce qu’il y a de plus détestable : Nicolas Eymerich, dominicain qui au XIVeme siècle rédigea le Manuel des Inquisiteurs. Personnage historique récupéré par Evangelisti à des fins romanesques et science-fictives : il fallait oser faire d’un bourreau un héros.

Ce premier opus est polyphonique et polychronologique, si j’ose dire. En 1352, le royaume d’Aragon vient de perdre son inquisiteur général. Le jeune et ambitieux père Nicolas va manigancer et devancer tout le monde pour être le nouvel élu à ce poste car il confère puissance et respect. En plus de ses manipulations en haut lieu, il serait opportun qu’il résolve une série de mystères qui entachent le royaume : découvertes de bébés humains bifaces, apparitions de formes féminines dans le ciel et assemblées nocturnes de femmes de toutes les religions du royaume.

A bien des années de là, un certain Marcus Frullifer élabore son audacieuse théorie sur l’existence des psytrons. Ce sont ces particules qui, excitées par l’activité cérébrale peuvent engendrer des faisceaux d’énergie du champ psychique. A termes, elles permettront donc à l’homme de projeter une image de lui-même dans le passé, via l’imaginaire. C’est ainsi que, troisième récit parallèle, le Malpertuis, astronef psytronique, entame en 2194 son mystérieux voyage pour l’an 36 après J.C. La folie semble dominer à bord et l’équipage ne connaît pas les objectifs du commandant.

Les deux récits futuristes vont permettre de comprendre les événements du passé. Eymerich prétendra que le Diable commande ces phénomènes surnaturels. Mais le lecteur comprend peu à peu, grâce à l’alternance des chapitres, l’enchaînement des causes et des effets.

L’intrigue et sa résolution sont tirées par les cheveux, mais Evangelisti réussit à nous intéresser au sort d’un personnage détestable. Il est cruel, ambitieux, menteur. Il n’hésite pas à faire massacrer des femmes innocentes pour arriver à ses fins. Enfin il représente une institution criminelle qui a pratiqué la torture pour exterminer des croyants pacifiques et inoffensifs. Evangelisti souligne très bien la ferveur et l’innocence des victimes et le fanatisme de ce Dominicain impitoyable. Le contexte historique et religieux est également très bien restitué, malgré sa complexité (Grand Schisme d’Occident).

Evangelisti inaugure donc une série d’enquêtes très étranges et originales, avec une intrigue peut-être un peu trop extravagante pour ce premier tome.

Valerio Evangelisti sur Tête de lecture

 

Nicolas Eymerich, inquisiteur

Valerio Evangelisti traduit de l’italien par Serge Quadruppani
Pocket, 1999
253 pages, 5€

Nicolas Eymerich, inquisitore, parution originale : 1994







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