Blast 1 de Manu Larcenet

Polza Mancini est en garde à vue. Il a commis un crime horrible à l’encontre d’une certaine Carole et les flics veulent savoir pourquoi. Plusieurs séjours en hôpitaux psychiatriques à son actif, parfois violent, l’homme est instable et il ne faut pas le brusquer si on veut qu’il parle. Deux flics s’installent donc en face de lui et l’écoutent. Mais il a l’intention de mener l’interrogatoire à sa façon : « Si vous voulez comprendre… il faut que vous passiez par où je suis passé« . Ça va être long. Et de fait, après deux cents pages, le lecteur n’a pas appris grand-chose de Polza Mancini, et ne sait pas  ce qu’il a fait à cette Carole ni même qui elle est.

Mais en quelques pages, souvent muettes et en noir et blanc, c’est l’univers mental d’un être souffrant depuis toujours qui se dessine, un homme rejeté, un homme hors norme, un obèse. Quelques images le montrent enfant, déjà exclu, puis marié, mais pas heureux. Ce sont surtout les images de son père qui choquent, qui frappent le lecteur par leur cruauté, dessins d’un homme malade au stade terminal du cancer et qui ressemble à un oiseau squelettique, tellement différent de son énorme fils. Un fils écrivain, qui a essayé de tenir sa place pour son père, et qui finit par fuir à la mort de celui-ci, pour se perdre dans la nature et peut-être retrouver le BLAST, sorte de choc émotionnel ressenti en sortant de l’hôpital et qui lui a fait perdre, enfin, toute corporéité. Mais malgré la liberté et l’alcool, le BLAST ne revient pas, le BLAST ne se laisse pas convoquer.

Ceux qui ne connaissent de Larcenet que son excellente série Le retour à la terre, seront sans doute étonnés par cette bande dessinée où dominent le noir, la tristesse et le malaise. Qui est Polza Mancini, qu’a-t-il fait ? Il faudra attendre pour en savoir plus puisque cette série doit compter cinq volumes. Mais se dessine déjà le portrait d’un homme blessé, qui ne trouve sa place ni dans la société, ni près des marginaux et qui garde en lui le regard des autres et le mal qu’ils lui font. Il ne bronche pas Polza et pourtant, on le sent au bord de la rupture à plusieurs reprise. L’injustice qu’il ressent et qu’il n’exprime pas le fait certainement grossir autant que l’alcool et les barres chocolatées. Tout est à l’intérieur chez Polza, rentré, bâillonné, mais à fleur de peau. Ses silences sont éloquents mais sa solitude n’arrange rien.

On est un peu déçu à la fin de ce premier tome, un peu déçu d’en savoir si peu malgré deux cents pages et pourtant, ce sont deux cents très belles pages en noir et blanc qui, à force de souvenirs et d’errances,  imposent un personnage énigmatique, fragile malgré sa « grasse carcasse ». Et on attend la suite… vite.

Manu Larcenet sur Tête de lecture

 

Blast / 1 : grasse carcasse

Manu Larcenet
Darrgaud, novembre 2009
ISBN : 978-2-2205-06397-4 – 204 page – 22 €





54 réponses à « Blast 1 de Manu Larcenet »

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