
Aujourd’hui, il est question d’un premier roman français. Non ! Ne partez pas ! Il ne s’agit certes pas du roman du siècle, mais il vaut vraiment la peine qu’on l’évoque. Il s’agit d’une jeune femme, moche, rondouillarde et mercenaire. Elle s’appelle Chien du Heaume, c’est le nom qu’elle s’est donné. Mais elle est sur les routes pour découvrir son vrai nom, celui de son père. Elle n’a que son épée pour la guider, celle qu’elle tient de son père et si semblable à celle du chevalier Sanglier. Et elle part à sa recherche dans son château perdu.
Mais le chevalier Sanglier ne sait rien, si ce n’est que c’est Orains qui la lui a donnée. La voilà donc partie à la recherche d’Orains, qui lui ne sait rien non plus de son père mais l’envoie vers le forgeron qui l’a forgée. Heureusement, elle ne passe pas deux cents pages à courir d’un informateur à l’autre, le procédé aurait été lassant.
Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans cette histoire qui retient cependant l’attention grâce à ses personnages et à l’ambiance que l’auteur a su créer. On ne peut d’ailleurs pas dire que ce roman relève des genres de l’Imaginaire. Car il n’y a rien qui ne soit susceptible d’arriver, ou plus exactement d’être arrivé car nous sommes plongés dans un Moyen Age de sang et de froid, d’un réalisme tout à fait saisissant. Pas de magie, de sorcières, de duchés, de haine familiale et de pouvoir despotique (vous aurez certainement reconnu les grosses ficelles de la fantasy en général et de la big comercial fantasy en particulier). Juste quelques âmes qui se croisent et se cherchent.
Et surtout une héroïne originale. Une mercenaire qui sait ce qu’elle veut quand bien même elle ne sait pas qui elle est. Une sorte d’héroïne à la David Gemmell (ah là, oui, ce n’est pas forcément un compliment, mais ça peut…). Elle tranche, troue et éventre avec conviction, mais ne couche pas (ce qui ne laisse pas de m’étonner d’ailleurs dans un monde quand même aussi masculin…). Les autres personnages (Sanglier, Regehir, Noalle…) sont à la hauteur, assez complexes pour retenir l’attention. Et tous de s’exprimer dans une langue fleurie, archaïque juste ce qu’il faut.
Il manque peut-être une intrigue un peu plus serrée et des relations entre les personnages mieux exploitées. Il y aurait eu de quoi faire cent pages de plus sans lasser le lecteur, au contraire. Car on a envie d’en savoir plus sur tout ce monde-là, sans les laisser partir juste après avoir fait connaissance. La décevante fin en queue de poisson me laisse penser que l’auteure a finalement tout misé sur une ambiance effectivement bien rendue. Mais elle n’aurait pas tenu au-delà de deux cents pages parce qu’il n’y a pas vraiment d’enjeux. C’est là la faiblesse du roman qui après quelques combats et de belles scènes de confrontation entre les personnages tourne à vide.
Je suis au final étonnée par cette lecture car je ne m’attendais pas à y trouver de si bons éléments. On attend donc la suite, dans cette veine ou une autre…
Justine Niogret sur Tête de lecture
Chien du heaume
Justine Niogret
Mnémos (Icares), novembre 2009
228 pages, 18€