Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro

Dans Quand nous étions orphelins, Christopher Banks se souvient. Depuis toujours, il a eu envie de devenir détective. Il y jouait avec son ami Akira quand ils étaient enfants à Shangaï au début du XXe siècle. Tous deux vivaient sur la concession internationale car tous deux étaient nés de parents étrangers, lui anglais, son ami, japonais. Puis un jour, le père de Christopher a disparu, comme ça, du jour au lendemain, et la police ne l’a jamais retrouvé. Peu après sa mère a disparu aussi, enlevée peut-être. Alors l’enfant est ramené en Angleterre, chez une tante, où il va faire ses études et devenir détective privé. Un détective privé très en vue, fréquentant le beau monde londonien. Et Christopher se souvient, son enfance à Shangaï, ses débuts de détective, ses études, sa rencontre avec Sarah Hemmings, une intrigante peut-être…

Les souvenirs de ce narrateur ne sont pas vraiment chronologiques, et surtout peut-être pas conformes à la réalité. Le lecteur n’a bien sûr pas le moyen de savoir ce qui s’est passé puisqu’il n’a que la version de Christopher, mais certaines conversations avec ses anciens amis tendraient à prouver que  ses souvenirs sont vagues, ou enjolivés, ou qu’il a oublié.
Ce qui s’impose pourtant à lui peu à peu, c’est le retour à Shangaï pour aller chercher ses parents. Contre toute rationalité, il les croit prisonniers depuis plus de quinze ans. Une fois sur place, cette supposition se concrétise et un témoin lui donne l’adresse d’une maison où certainement, ses parents sont retenus depuis toutes ces années. Et malgré les combats de rues dans Shangaï en guerre contre le Japon, Christopher va avancer, marchant sur ses souvenirs et surtout vers le passé et la vérité qui ne ressemble en rien à son fantasme d’enfant.

Voici le troisième livre de Kazuo Ishiguro que je lis après Les vestiges du jour et Auprès de moi toujours, et le charme de cette écriture a encore fonctionné. Dès les premières lignes, je sais que c’est lui qui écrit dans cette langue à la fois très pure et très froide. Christopher, comme le vieux majordome Stevens et Kathy, raconte sa vie sans fioriture ni passion, de façon presque indifférente et pourtant… Les faits majeurs et autres éléments importants ne se dévoilent que petit à petit, juste le temps pour le lecteur d’avoir envie d’en savoir plus, de comprendre ce qui est arrivé aux parents de Christopher et de voir jusqu’où sa quête va le mener.

Il règne sur Quand nous étions orphelins une impression de gâchis et de chaos, à l’image des combats entre Japonais et Chinois, qui apparaissent presque surréalistes. Pourquoi ces gens se battent-ils ? Si le lecteur veut en savoir plus, il lui faudra faire ses propres recherches. Et cette situation politique est à l’image de Christopher qui s’est construit un passé sur des interprétations d’enfant, un passé plein de trous qu’il a remplis de fantasmes qui vont devoir faire place à la réalité une fois Christopher revenu à Shanghaï.

Kazuo Ishiguro sur Tête de lecture

 

Quand nous étions orphelins

Kazuo Ishiguro traduit de l’anglais par François Rosso
Calmann-Lévy, 2001 (existe en poche)
ISBN : 978-2-7021-3216-2 – 375 pages – 19,80 €

When we were orphans, parution en Grande-Bretagne : 2000





66 réponses à « Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro »

    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  1. keisha
    1. Sandrine
  2. Manu
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  3. kathel
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  4. L’Ogresse
    1. Sandrine
  5. Alex-Mot-a-Mots
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  6. Kikine
    1. Sandrine
  7. Theoma
    1. Sandrine
  8. niki
    1. Sandrine
  9. Stephie
    1. Sandrine
  10. Nanne
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  11. Auguri
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  12. lily
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  13. herisson08
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  14. Liyah
    1. Sandrine


Recevez des nouvelles de Tête de lecture par mail