La comtesse de Julie Delpy

Tout le monde a entendu parler de la sanglante comtesse Elizabeth Bathory qui jadis, dans sa Hongrie natale, se baignait, dit-on, dans du sang de vierges pour prolonger sa jeunesse. Et que de scènes n’imagine-t-on pas sur le sujet, entre baignoire de sang, calices et instruments de torture en tout genre. Autant dire qu’il fallait être fin pour ne pas tomber dans l’outrance qui conduit imparablement ce genre de sujet au ridicule.

Julie Delpy, réalisatrice et actrice, choisit de brosser un portrait de femme dans un monde violent et masculin. Alors qu’elle vient de perdre son valeureux mari, la comtesse Bathory se trouve à la tête d’une grande fortune qui lui permet d’imposer ses volontés au roi lui-même. On pense pour elle en haut lieu à un un nouveau mari, mais elle tombe amoureuse d’un jeune homme (Daniel Brühl) qui a dix-huit ans de moins qu’elle. A force de manigances et de lettres interceptées, le père du jeune homme parvient à isoler Elizabeth et à lui faire croire que son fils l’a abandonnée. Elle met son infortune sur le compte de son âge et se persuade bientôt, à la suite d’un banal accident, que le sang de vierge pourra lui faire retrouver sa jeunesse. Commence alors une longue série de saignées puis de crimes qui alimentent le rêve juvénile de la comtesse et attirent bientôt l’attention sur son château aux abords morbides.

Julie Delpy a su éviter les pièges du sujet : pas de scènes de folie hystérique ou vampirique, pas de corps nus  subitement régénérés par des bains de sang, pas de scènes de tortures. Car aux yeux de Julie Delpy, la comtesse n’est pas une folle sanguinaire, mais une femme puissante et orgueilleuse blessée dans son amour. L’actrice réalisatrice choisit de consacrer une assez longue partie du début du film à l’enfance et à l’adolescence de la comtesse afin de montrer ce qui l’a endurcie, comment elle est devenue si insensible à la douleur d’autrui. La comtesse Bathory n’était pas une folle furieuse, mais une femme de pouvoir blessée dans son orgueil. J’ai beaucoup apprécié cette retenue, la pudeur des images qui auraient pu sombrer dans un n’importe quoi baroque et outrageusement sexuel comme le Dracula de Francis Ford Coppola. J’ai de même beaucoup aimé la richesse des costumes (malgré l’austérité protestante), le drap lourd, les pierreries, les strictes coiffures. Les décors, les meubles, les paysages sont de même d’une grande sobriété et pourtant très évocateurs.

La réussite de ce film tient dans son dépouillement et dans ses suggestions : il évite tous les pièges du sujet pour offrir un film intimiste qui propose une interprétation psychologique et personnelle d’une héroïne susceptible de mener à tous les excès.

 

La comtesse de Julie Delpy
Avec Julie Delpy, Daniel Brühl, William Hurt…
Durée : 1h 34 – Sortie nationale : 21 avril 2010





56 responses to “La comtesse de Julie Delpy”

    1. Sandrine
    1. Sandrine
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    1. Sandrine
      1. fildefer
      2. Sandrine
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