Millenium 2 de Stieg Larsson et Daniel Alfredson

D’abord, le livre. Ayant lu il y a assez longtemps, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, j’ai décidé d’attendre la sortie du film en DVD pour me le remémorer et me lancer dans le second tome de cette désormais célébrissime saga suédoise. J’ai d’ailleurs totalement retrouvé le roman dans le film, les longueurs en moins.

En parlant de longueurs, ce second opus commence comme le premier : les deux cents premières pages sont looooongues, très longues. Lisbeth est dans les Caraïbes, elle sauve une femme et tue son mari en le poussant dans l’œil d’un cyclone, elle rentre à Stockholm, un personnage fait ci, l’autre fait ça et le lecteur attend, parce qu’il sait que quand ça va démarrer, ça sera bien. Et en effet, quand Dag et Mia se font enfin (!) assassiner, le rythme s’emballe et ne s’arrête plus avant la fin.

Grâce à l’argent détourné à la fin du livre précédent, Lisbeth Salander coule des jours heureux et anonymes à Stockholm : elle s’achète un gigantesque appartement, le meuble, visite sa copine Mimmi à qui elle offre l’ancien. Elle a rompu tous les ponts avec Mikael Blomkvist, qui se morfond le malheureux, même s’il accumule les conquêtes. Et Millénium, le journal, se lance dans une nouvelle enquête, concernant cette fois le trafic de femmes, notamment venues des pays de l’Est. Dag Svensson, journaliste free lance, apporte ce sujet à Millénium, basé sur le travail de thèse de sa compagne Mia Bergman. Des hommes politiques, des avocats et mêmes des membres de la police y sont dénoncés. Mais tous deux sont retrouvés assassinés dans leur appartement. Le lecteur sait que Lisbeth leur a rendu visite juste avant leur mort et la police retrouve ses empreintes digitales sur l’arme du crime. Le lecteur s’interroge donc : Lisbeth serait-elle la meurtrière ? La police elle ne s’interroge pas et lance une vaste chasse à l’homme, relayée par les médias sur le mode « une lesbienne tueuse sadomaso et sataniste ». Et c’est à nouveau parti pour cinq cents pages d’enquêtes, recherches, piratages, courses, et personnages tous aussi convaincants les uns que les autres.

Comme dans Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, on retrouve une dénonciation de l’utilisation de la femme, de sa soumission aux hommes puissants et dangereux. La mise en scène de la dérive des médias, déjà sensible dans le précédent opus, est ici au centre du roman à travers la mise au pilori de Lisbeth Salander qui pour avoir une personnalité terriblement atypique en devient l’ennemi public numéro un. Une démonstration brillante des absurdités de la ségrégation sociale. Les coulisses de la rédaction de Millénium ainsi que les dessous de l’enquête policière sont également brillamment mis en scène puisqu’on en apprend beaucoup sans pour autant s’ennuyer (sauf au début…).

Au milieu de personnages aussi nombreux qu’impossibles à décrire, trône Lisbeth Salander, véritable héroïne de cet opus. On en apprend beaucoup sur son passé (puisque les médias décortiquent ses antécédents médicaux, surtout psychiatriques), mais aussi sur sa personnalité si particulière. Du haut de ses un mètre cinquante, quarante-deux kilos tout habillée, piercings et tatouages compris, Lisbeth mène sa barque seule, met la pâtée à deux balèzes, reste planquée au centre de Stockholm alors que toutes les forces de police sont à ses trousses : ce petit bout de femme antipathique est un génie de l’informatique et une vraie grande héroïne littéraire moderne. Au centre d’un puzzle machiavéliquement construit, elle bouscule les codes du roman policier et en met plein la vue au lecteur. En face d’elle, Mikael Blomkvist fait pale figure : il est beau, brillant, perspicace, il plait aux femmes sans jamais profiter de l’ascendant qu’il a sur elles. Il les a toutes mais bien sûr, c’est Lisbeth qu’il veut…

Ensuite, le film. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est très elliptique : impossible de le voir sans avoir vu le premier film ou lu le premier tome. Exit le séjour de Lisbeth dans les Caraïbes (ouf !), on plonge tout de suite dans l’action, enfin à la suédoise, ça prend son temps quand même, Dag et Mia étant assassinés après vingt-cinq minutes de film. Mais le nouveau réalisateur s’autorise quelques différences avec le scénario. Par exemple, Dag et Mia ne reçoivent pas la visite de Lisbeth avant qu’on les retrouve assassinés et Mikael n’est pas encore entré en contact virtuel avec elle. Mais surtout, ce qui m’a déçue, c’est que le déchaînement médiatique contre Lisbeth passe totalement à la trappe ainsi que les piétinements de l’enquête policière, (l’équipe vaut pourtant son pesant de cacahuètes) et celle de son ancien employeur n’est même pas évoquée. Le cœur du film, c’est l’enquête de Mikael Blomkvist (Michael Nyqvist, que je trouve assez fade), ici bien moins dense que dans le livre, puisque Harriet Vanger, sa seconde maîtresse, n’apparait pas. J’ai lu je ne sais plus où que dans ce second film, on suivait beaucoup plus le travail à la rédaction de Millénium, pour ma part, je n’ai pas trouvé.

Au final, l’intrigue du film paraitra assez complexe à qui n’a pas lu le livre : beaucoup de personnages, dont on ne connait pas toujours les motivations au moment où on les voit agir. C’est d’ailleurs la faiblesse du film : les personnages ne sont pas assez fouillés pour qu’on les suive vraiment, ils restent assez superficiels.

La critique sociale très présente dans les livres de Larsson étant à peine évoquée (exit la corruption des hommes de loi et de pouvoir, exit le trafic de femmes venues de l’Est) au profit d’une enquête policière assez classique (elle ne fait pas honneur aux talents de hackeuse de Lisbeth), le film est donc globalement décevant. On est très loin de l’intensité du roman, le montage linéaire ne fait pas honneur au suspens organisé par Larsson.

Avant d’être un film, Millenium 2 a été une série télé diffusée sur Canal + qui durait plus longtemps (trois heures). Je ne l’ai pas vue mais j’imagine qu’avec plus de temps, le réalisateur a pu donner plus d’ampleur aux personnages et surtout au contexte.

Mais réjouissons-nous, la trilogie de Larsson va donner lieu à une adaptation américaine, dirigée par David Fincher (Seven, The Game…)

 

La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Stieg Larsson traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain
Actes Sud, 2006
ISBN : 978-2-7427-6501-0 – 652 pages -23 €

Flickan som lekte med elden, parution en Suède : 2006





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