Partager la publication « 40 ans, 6 morts et quelques jours… de Victor Rizman »

C’est alertée par des billets résolument enthousiastes que j’ai eu envie de lire ce livre. En fait, méfiante, je désirais comprendre comment un auteur, avec son premier roman à la publication quasi confidentielle, pouvait à ce point séduire des lectrices aussi averties (entendez par là, qu’elles ne se laissent pas facilement embobiner…). J’ai donc commandé ce livre qui n’est resté que six mois dans ma PAL… Pour se faire connaître, l’auteur a choisi de faire le buzz sur les blogs et grâce à une bande annonce, ce qui fut efficace me concernant (je n’ai rien contre les techniques de marketing appliquées au livre, surtout par des auteurs qui ne sont pas portés par de grands groupes).
Un soir en sortant les poubelles, le narrateur de cette histoire, publiciste de quarante ans, se rend compte que sa vie ne vaut rien et son avenir, pas grand-chose.
« Passés quarante ans, que peut-il encore arriver à un individu occidental de sexe masculin, salarié, à jour de ses crédits, père de famille, propriétaire d’un break, ayant échappé à l’animal de compagnie, mais pas aux hémorroïdes ?
Regarder ma femme se dégrader sans pouvoir prétendre à d’autres conquêtes sexuelles plus enthousiasmantes, perdre un peu plus de vocabulaire dans les conversations avec ma fille adolescente ? Admettre chaque jour que je ne serai jamais le héros que j’imaginais devenir il n’y a pas si longtemps en descendant les escaliers de la cave ?«
Bref, c’est pas la joie. Alors pourquoi pas faire un truc original ? Mais un truc vraiment hors-norme qui vous grille définitivement de réputation mais marque durablement les esprits ? Serial killer par exemple. Ça occupe, c’est toute une organisation et ça braque sur vous les feux de la rampe pour quelques jours, quelques semaines. Le chant du cygne du pseudo héros avant disparition programmée. On suit donc les préparatifs du narrateur qui traque ses victimes sur un site de rencontres en ligne.
Puis on suit, à la troisième personne cette fois, un journaliste à qui ses manières on ne peut plus animales et décalées ont valu le surnom du Sanglier. Un homme proche de la terre, à tous les sens du terme, qui n’hésite pas à s’y rouler dans le plus simple appareil pour trouver des réponses à ses questions. Son attitude éloigne autrui, au premier rang desquels ses collègues journalistes. Mais c’est à lui que le tueur écrit, le Sanglier tient sa revanche sur les hommes et la société ! Et il y a le capitaine Joël Schmidt qui mène l’enquête, dont la personnalité trouble ne se dessine que très progressivement.
Le suspens mis en place par Victor Rizman tient surtout au mystère des personnalités. J’ai bien cru au tout début que l’auteur allait en faire trop sur la crise de la quarantaine, la connerie des collègues et l’échec familial. Mais l’intrigue des meurtres prend vite le relais et évite la caricature (le journaliste par contre est peut-être un poil trop bestial…). Il n’y a finalement que le fil narratif suivant le personnage énigmatique de SoleilRouge, avec laquelle le narrateur entre en contact via le site de rencontres, qui ne me convainc pas vraiment. Je ne le trouve pas crédible et à mes yeux il discrédite l’épisode final.
Victor Rizman ne distille qu’avec parcimonie les éléments permettant au lecteur de se faire une idée de ces trois hommes qui doutent mais n’attendent finalement plus grand-chose de la vie. Le lecteur a beau être attentif, quand les révélations essentielles surgissent, on se prend à retourner en arrière pour relire comment l’auteur a tourné son propos pour qu’on n’y voie que du feu ! Lectrice naïve de romans policiers (je ne cherche pas à savoir qui est coupable), j’aime assez ce genre de procédé, j’aime me faire avoir.
Le grand reproche que je ferais à ce livre c’est le trop grand nombre de fautes de frappe, d’orthographe et de mise en page : sans être une ayatollah de la typographie, arrivée à plusieurs dizaines, ça m’agace…
40 ans, 6 morts et quelques jours
Victor Rizman
Emotion Works, 2009
ISNB : 978-2-9533461-7 – 291 pages – 12 €
Laisser un commentaire