L'île Panorama de Ranpo et Suehiro

Cet album fut pour moi l’occasion de découvrir Maruo Suehiro, le maître de l’érotisme grotesque japonais. Que les fans du genre modèrent toutefois leur enthousiasme, il ne donne lieu qu’à quelques planches en fin d’album, de quoi être frustré.

Hirosuké Hitomi est une écrivain raté et peu scrupuleux. Aussi, quand il apprend la mort de Komoda, son richissime ami d’enfance à qui il ressemble comme deux gouttes d’eau, il n’hésite pas à subtiliser son cadavre et à faire croire à une résurrection afin de se faire passer pour lui. Le voilà donc à la tête d’une fortune considérable qui va lui permettre de réaliser son plus grand rêve (qui n’a rien de littéraire) : aménager un paradis des plaisirs sur une île isolée. Il fait effectuer les travaux nécessaires et bientôt, son rêve se concrétise. Mais Komoda avait une femme, devenue la sienne, dont Hirosuké Hitomi se méfie car elle seule pourrait le démasquer.

Ce manga est l’adaptation d’un roman policier de Edogawa Ranpo (1894-1965) considéré comme le maître du roman policier japonais et fervent admirateur d’Edgar Allan Poe (« Edogawa Ranpo » est la transcription phonétique japonaise de « Edgar Allan Poe ») et Arthur Conan Doyle. Je ne sais pas ce que vaut le roman mais le manga ne fait preuve d’aucun suspens et il n’y a d’ailleurs aucune enquête. Les ficelles scénaristiques sont énormes et la fin expédiée. Il n’y a pas non plus d’hésitation quant au comportement d’Hitomi qui dès le départ est montré comme un sale usurpateur prêt à tous les crimes pour parvenir à ses fins.

La partie scabreuse tant attendue ne commence qu’après deux cents pages, pour donner lieu à une accumulation de vignettes très explicites bien trop nombreuses. Comme si l’illustrateur disposait enfin des cinquante dernières pages pour dessiner le plus de scènes de débauches possible. Ça en devient grotesque, c’est l’idée, mais qui dit grotesque ne dit pas drôle, à mes yeux en tout cas. Bref, j’ai fini par trouver ces amas de corps assez lassants.

Le graphisme est cependant très soigné. D’une grande précision, le trait fin et précis de Maruo Suehiro donne lieu à de très beaux décors (jardins à la française, cascades, lacs, palais, statuaires…). Si les corps forniquant l’inspirent, il ne fait pas de doute qu’il excelle à représenter la finesse d’une végétation abondante, l’exotisme luxuriant des oiseaux, l’abandon touffu d’un cimetière. Et ce dessin très raffiné sert à merveille la décadence du héros dans sa quête sensuelle et esthétique.

 

L’île Panorama

Ranpo Edogawa et Suehiro Maruo traduit par Miyako Slocombe
Casterman, avril 2010
280 pages, 13.50 €







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