Le fond du ciel de Rodrigo Fresan

« D’accord, les dates ne concordent pas, les lieux sont imprécis, les visages se confondent et j’apparais dans plusieurs endroits tout en disparaissant ailleurs. »

Voilà en une phrase ce que le lecteur va devoir affronter s’il veut venir à bout de ce roman, Le fond du ciel, peut-être romanesque, plus certainement labyrinthique, qui nécessite au moins un lecteur attentif. L’auteur est Argentin mais l’action (?) se passe en grande partie à New York avant et après le 11 septembre, qui ne résonne donc pas dans la seule conscience étasunienne. On voit la ville la tête en bas sur la couverture. Il en est de même pour la narration qui abandonne tout ressort traditionnel pour balader son lecteur de narrateur en narrateur, jusqu’au désert d’Irak et « l’espace entre cette planète et l’autre planète » (titre de la deuxième partie).

On retrouve à peu près les mêmes personnages d’une partie à l’autre, dans les mêmes rôles (ouf !). Isaac Goldman écrivain de science-fiction devenu riche car exécuteur testamentaire d’un certain Warren Wilbur Zack, lui-même écrivain maudit de science-fiction. Son cousin Ezra qui fait découvrir le genre à Isaac et deviendra inventeur (ou peut-être ingénieur…) pour les services secrets. Jeff, un pote qu’ils acceptent pour son argent. Et enfin une femme, aperçue par Isaac et Ezra, adorée d’eux. Mais dont je serais bien incapable de définir la vraie nature…

Il est donc question dans Le fond du ciel d’écriture, de traumatismes, de fins du monde, d’extraterrestres observant notre bonne vieille Terre avant d’y débarquer, de femme bizarre qui voit l’avenir et de fans de science-fiction, celle de l’Age d’or, celle des années 60, celle de 2001 l’Odyssée de l’Espace.

Rodrigo Fresán fait long, très long parfois. Et surtout extrêmement confus avec une évidente volonté de perdre le lecteur qu’il invite à une expérience de lecture. Rien de confortable ici, il s’agit de perdre ses repères, de bousculer la forme (sans pour autant malmener la langue). « Rien n’était expliqué. Nous n’avions nul besoin de tout comprendre » dit le narrateur à propos du film de Kubrick… C’est évidement valable pour ce livre.

Il y a par ailleurs de très intéressantes réflexions sur la science-fiction, son évolution, ses tendances actuelles. Je vous laisse sur cette belle idée :

… les livres sont peut-être des organismes extraterrestres. Des êtres qui nous enlèvent pour nous emmener dans d’autres mondes, des mondes meilleurs et bien mieux écrits que le nôtre.

 

Le fond du ciel

Rodrigo Fresán traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Seuil, août 2010
300 pages, 21 €

El fondo del cielo, parution originale : 2009







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