
C’est le troisième roman que je lis de Jérôme Noirez, mais le premier spécifiquement jeunesse. Et je ne vois pas comment le tourner autrement qu’en disant : c’est parfait. Je n’ai absolument rien à reprocher à ce livre, tout y est maîtrisé et intéressant. C’est à mes yeux de la littérature pour ados intelligente, mature. Mais c’est peut-être là que certains jeunes lecteurs n’y trouveront pas leur compte : on est très loin des romans pour adolescents qui cartonnent avec romance mièvre, dialogues téléphonés, bien lisses, belle fin et indigestion de guimauve et clichés assurés. Je lis ce livre avec des yeux d’adulte alors qu’il est destiné à un public adolescent, même si j’ai passé un excellent moment à le lire.
Dans la prison de San Quentin en Californie, June a dix-sept ans, elle est condamnée à mort pour vols, meurtres et séquestration. Elle raconte au jeune Gayle Hudson, pigiste pour journaux à sensation, sa cavale avec David, dans l’Amérique des années 30. Elle raconte son adolescence, sa vie avec sa mère après la mort du père, la misère qui les pousse à partir, la mère qui s’en va avec un homme, laissant là sa fille avec quelques promesses de fortune future. Mais c’est la Dépression qui règne en maître ainsi que la Prohibition, mère de bien des trafics. Misère, violence, jeunesse : David et June doivent fuir, quelques dollars en poche, vivant au jour le jour une vie dangereuse. Vols, puis meurtres, puis enlèvement, c’est l’escalade pour les deux jeunes gens qui tuent pour rester ensemble, encore un peu, libres.
C’est une belle histoire d’amour pudique, mais surtout le portrait d’une époque que l’on a aucun mal à restituer tant on a vu de films. Avant tout, Les Raisins de la colère de John Ford mais aussi Bonnie and Clyde d’Arthur Penn car la similitude est parfaite : ils sont jeunes, ils s’aiment, se moquent de la mort et sèment la terreur. On y croise des fermiers ruinés, des illuminés, des bootleggers, des enfants stars, des Ford T bien sûr… tout ce qui fait l’Amérique d’alors sans que jamais ne pointe l’ombre d’un cliché. Le western n’est pas en reste, à travers la ville morte de Desolation, le bout du chemin. Et qui sait si en tendant l’oreille, vous n’entendrez pas une voix chanter : « Mary had a little lamb, little lamb, little lamb, Mary had a little lamb whose fleece was white as snow…« .
Jérôme Noirez sur Tête de lecture
Desolation Road
Jérôme Noirez
Gulf Stream, 2011
ISBN : 978-2-35488-129-0 – 198 pages – 12 €
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