
Amateurs d’histoires loufoques, ce livre est pour vous. Et si vous aimez les zombies, c’est encore mieux, car il y en a dans cette histoire, une pour commencer, puis un peu plus…
Quatre amies se promènent dans les bois, pas toutes fraîches les amies, mais toutes veuves et ravies de l’être. En chemin elles rencontrent, non pas quatre et jeunes beaux garçons, mais Trash, zombie endormie et dévêtue. N’écoutant que leur bon cœur, elles ramènent Trash à l’appartement qu’elles partagent. Elles ne savent pas encore que rien ne serait plus comme avant, vraiment plus.
Dora, propriétaire de l’appartement, rencontre et séduit Francisco Saavedra, ancien maire passé maître dans l’art de la corruption, aussi riche que craint de la population. Et voilà que la fortune monte à la tête de cette femme extrêmement commune, limite vulgaire, qui va pouvoir donner libre cours à ses caprices, en commençant par dédaigner voire dénigrer ses amies.
Mais l’heure a de toute façon sonné pour chacune, Susana trouve par exemple enfin le courage de tuer le fantôme de son mari, qui la poursuit de ses sarcasmes, à la faveur d’une incarnation frauduleuse. En clair, elle tue un jeune homme qui essaie de profiter de sa naïveté, ramène le cadavre à l’appartement, qui fait aussitôt les délices de Trash.
Inutile cependant de chercher à résumer ce roman qui bien qu’il soit court, part dans de multiples directions, toutes aussi délirantes et grotesques les unes que les autres. Parce que Saavedra est poursuivi par le fantôme de sa femme morte, qui n’est pas vraiment morte, parce que Milka veut saccager l’appartement et se couler dans un bloc de ciment, parce qu’une jeune handicapée sadique a trouvé le moyen de se venger de la ville et de ses habitants, parce que Noé Galíndez construit une arche pour le grand jour qui approche…
C’est n’importe quoi, oui, mais c’est drôle et au passage très critique sur la société argentine, celle des nantis et des nouveaux riches, si prompts à oublier leur misère passée. Le carnage final englouti quasi tout le monde, comme s’il n’y a avait décidément rien à sauver dans cette société individualiste et ridicule, qui cultive les apparences.
Leandro Avalos Blacha sur Tête de lecture
Berazachussetts
Leandro Avalos Blacha traduit de l’espagnol (argentin) par Hélène Serrano
Asphalte, novembre 2011
185 pages, 16€
Berazachussetts, parution originale : 2007