
Terrienne de Jean-Claude Mourlevat débute avec Anne, dix-sept ans, fait du stop au bord de la route, non loin de Saint-Etienne. Etienne, un peu plus de soixante-dix printemps, la fait monter. La conversation s’engage très facilement. La jeune fille confie au vieux monsieur, écrivain dépressif, qu’elle cherche sa soeur Gabrielle, disparue depuis un an au lendemain de son mariage. Le scénario se produit une seconde fois. Mais quand il reviendra sur place, cherchant à savoir vers où Anne se dirigeait, Etienne ne trouvera plus le panneau de signalisation indiquant « Campagne : 3.5 km ». D’ailleurs, tout bien réfléchi, il n’a jamais entendu parler de cette commune…
Etienne et Anne se rejoindront dans ce lieu accessible à quelques humains, uniquement ceux qui y sont appelés ou capturés. Etienne a été appelé par Anne, Anne par sa soeur qui elle est retenue prisonnière. Car comme l’avait pressenti Anne, le fiancé de Gabrielle n’était pas un homme comme les autres, mais un homme de main venu l’arracher aux siens pour qu’elle vive recluse dans le harem de quelques dirigeants de… De quelle ville au fait, de quel lieu ? On ne saura jamais vraiment où se trouve l’Hôtel Légende. Sur une autre planète ou dans un monde parallèle au nôtre ? C’est ailleurs et ceux qui y vivent regardent les humains comme des extraterrestres. A l’inverse, Anne (et donc nous, humains), les trouve froids, indifférents, dénués de toutes passions.
Qu’est-ce qui fait l’essence de l’être humain ? Beaucoup de philosophes se sont interrogé sur le sujet, que Mourlevat rend abordable. Au-delà de nos capacités intellectuelles (la conscience, le langage) et physiques (la préhension, la bipédie), il y a l’émotion, l’amour, le désir de liberté, l’empathie, et le rire bien sûr… Mais dans le monde aseptisé que décrit Mourlevat, il n’y a rien que des corps qui se meuvent et exécutent. Ce sont des enveloppes charnelles quasi vides qui n’ont d’humain que l’apparence. C’est donc un monde glacé mais cohérent, créé par un Mourlevat qui n’est pas avare de personnages (je suis comme ça, j’aime quand certains meurent en route). Il ne transforme pas en niaiserie une histoire d’amour adolescente.
Jean-Claude Mourlevat sur Tête de lecture
Terrienne
Jean-Claude Mourlevat
Gallimard Jeunesse, 2011
395 pages, 16€
Une réponse à « Terrienne de Jean-Claude Mourlevat »
[…] lu par Cachou, Liliba, Sandrine (Pages de lecture), Sandrine (Mes imaginaires), […]