
Barcelone, années 80. Óscar est élève dans un internat. Pour tromper son ennui, il part un jour à l’aventure du côté des très anciennes demeures de la ville, pour la plupart à l’abandon. Il entre dans l’une d’entre elles, explore et se retrouve face à un vieux monsieur. Óscar s’enfuit en emportant une montre. Pris de remords, il décide de rapporter l’objet et rencontre Marina, la jeune fille qui vit dans cette maison avec son père, Germán à qui appartient la montre. Il se lie d’amitié avec Marina et découvre le charme suranné de la maison ainsi que les vieilles bonnes manières du propriétaire, ancien peintre renommé, qui vit dans le triste souvenir de sa femme morte peu après la naissance de Marina.
Marina entraine Óscar sur les traces d’une femme en noir dans un cimetière. Ils la suivent, perdent sa trace mais pénètrent dans une sorte de serre abandonnée remplie de pantins inachevés assez inquiétants. Sous des couches de poussière, un album photos contient des clichés d’êtres humains malformés. Puis la mystérieuse dame en noir pousse Oscar sur les traces d’un certain Mihaïl Kolvenik dont il va apprendre l’histoire grâce à un vieux monsieur, Benjamín Sentís qu’on retrouvera mort dans les égouts de la ville quelques jours plus tard.
Alors qu’il arrive à Barcelone pour fuir l’Europe dévastée par la Première Guerre mondiale, Kolvenik se lie d’amitié avec un médecin, le docteur Shelley qui lui trouve un emploi dans une société qui fabrique des articles orthopédiques et des prothèses très demandés à l’époque. Kolvenik fait fortune, dirige bientôt l’entreprise et devient très riche. Il tombe amoureux d’une jeune actrice de théâtre d’origine russe qu’il épouse. Mais le jour même du mariage, elle est défigurée à l’acide par les jumeaux qui depuis la Russie la suivaient, lui servant de tuteurs et d’agents. La jeune femme s’enferme et les problèmes financiers commencent à harceler Kolvenik. Le couple meurt enlacé en 1948 dans l’incendie de leur somptueuse demeure inachevée.
Les deux jeunes gens se satisferaient de cette histoire si Óscar n’était agressé dans son pensionnat par une créature qu’il n’identifie pas, peut-être un pantin. Ils veulent en savoir plus, cherchent et rencontrent le docteur Shelley qui figure dans l’album de monstres humains aux côtés d’un des patients. Ils rencontrent aussi l’inspecteur qui cherchait à inculper Kolvenik pour fraudes financières.
Carlos Ruiz Zafón a un don indéniable pour évoquer la Barcelone disparue, celui des grandes maisons, de l’aristocratie sur le déclin. Ce roman a une saveur nostalgique, comme un hommage à des temps disparus mais aussi à des êtres d’exceptions, des hommes et des femmes grandioses, extrêmes, habités par des idéaux qu’ils poursuivent jusqu’à la folie. Cette ville, mystérieuse à souhait, se plait à cette intrigue étrange, un roman d’initiation mâtiné de fantastique version savant fou.
Quand nous arrivâmes aux limites du Raval, la brume flottait dans les ruelles, colorée par les lumières des taudis et des gargotes sordides. Nous avions laissé derrière nous l’aimable agitation des Ramblas et nous pénétrions dans l’antre le plus misérable de la ville. Il n’y avait pas trace de touristes ou de curieux. Des regards furtifs nous suivaient depuis les porches malodorants et les fenêtres qui se découpaient dans les façades prêtes à s’affaisser comme des tas de boue. L’écho des téléviseurs et des radios montait entre ces étroits canyons de la pauvreté sans dépasser les toits.
En quelques mots, Carlos Ruiz Zafón crée une ambiance surannée propice aux mystères. A cause de la curiosité d’Óscar de vieilles histoires vont revenir à la surface et le passé revit car tous les morts ne sont pas encore enterrés. Secrets, folie, usurpations d’identité, tous les moyens du suspens sont au service de ce roman qui se lit avec plaisir.
Carlos Ruiz Zafon sur Tête de lecture
Marina
Carlos Ruiz Zafon traduit de l’espagnol par François Maspero
Robert Laffont, 2011
ISBN : 978-2-221-11652-4 – 303 pages – 19 €
Marina, parution en Espagne : 1999
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