
Augusto Cons, la petite quarantaine désespérée depuis la mort accidentelle de sa femme, a débarqué à Madrid depuis deux ans pour trouver du travail suite à son licenciement pour activisme syndical. Il loge dans une pension minable, l’étape qui précède la vie dans la rue, car personne ne souhaite embaucher un ex-fonctionnaire trop politisé. En désespoir de cause, il répond à une curieuse annonce : « Écrivain paierait pour une bonne histoire »… Des histoires, Augusto n’en a pas le début d’une, mais il a faim, froid et même pas de quoi s’acheter un radiateur pour sa piaule glacée.
Eliseo Varela, l’écrivain en question, est un très vieil homme qui engage aussitôt Augusto et le paie grassement à la seule condition qu’il revienne tous les soirs avec une histoire nouvelle qui lui permettra d’écrire, enfin, le roman du siècle. Dès lors Augusto passe ses journées à se creuser la tête pour en trouver une, et à demander à ceux qu’il croise de lui raconter leur vie. Mais bientôt, le vieux Eliseo, qui a vécu au Mexique, lui raconte sa vie puis lui dicte le scénario d’une série destinée à la télévision mexicaine. Un scénario vraiment complexe, bien trop élaboré pour une série, pense Augusto. L’écrivain lui demande même de se rendre à des manifestations culturelles madrilènes qu’il doit couvrir pour un quotidien mexicain mais que sa fatigue et sa souffrance l’empêchent d’honorer. Augusto rencontre Berta, une journaliste, et la vie commence à prendre un tour nouveau…
Les fils narratifs se croisent, se chevauchent, un peu monotones au début, puis l’intervention des fragments d’une lettre qu’Eliseo a écrit pour Augusto juste avant de mourir pimentent l’intérêt du lecteur. Le petit fonctionnaire désespéré ne serait-il pas l’objet d’une machination ? Le gentil vieillard généreux qui boit du mezcal comme du petit lait n’embobinerait-il pas Augusto à des fins autres que littéraires ?
Le lecteur lui-même se laisse séduire par ces ficelles emmêlées qui ne se dénoueront qu’à la toute fin du roman. Car les deux hommes sont touchants et terriblement humains dans leur fragilité et leurs relations, d’abord contractuelles, vont évoluer vers un attachement sincère même si l’un ne l’est pas tout à fait.
Le rythme est assez lent mais la construction par récits intercalés donne du dynamisme et parfois de l’humour à ce roman sur la nostalgie et le regret, la tristesse de vivre quand on a perdu l’être aimé.
Le goût du mezcal
Miguel Sandin traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Lattès, 2012
ISBN : 978-2-7096-3640-7 – 346 pages – 22 €
El guzano del mezcal, parution en Espagne : 2008
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