Une canaille et demie de Iain Levison

Iain Levison est addictif : le lire une fois, c’est se condamner au plaisir de le relire. Aussi après ma lecture de Un petit boulot, me voilà repartie dans les pas de cet Ecossais qui a vraiment bien fait de devenir Américain, vraiment. Car qui mieux qu’un étranger peut porter un regard aussi drôle tout en restant si clairvoyant ?

On trouve à nouveau dans Une canaille et demie un petit truand, Dixon en l’occurrence. Entré mineur en prison, il y passe neuf ans et en sortant, cambriole une banque avec trois voleurs du dimanche. Il s’en sort grâce à un plan B et pas mal de chance. Avec un beau pactole, le voilà en cavale,  son identité connue des flics. Direction : le Canada et sa cabane au fond des bois. Il passe par Tiburn, New Hampshire et plus exactement par le jardin du professeur Elias White alors que celui-ci est en train de se taper la fille mineure de ses voisins.

Parce qu’Elias, la trentaine séduisante, plait beaucoup aux jeunes filles. C’est un prof sympathique, très cool, que les étudiantes n’hésitent pas à séduire pour augmenter leur moyenne. C’est en fait un type assez quelconque, plutôt opportuniste et sans grand avenir. Jusqu’à ce que Dixon entre chez lui et exige qu’il le cache sous peine de dénoncer ses coucheries. Il le contraint aussi d’aller chercher l’infirmière universitaire pour qu’elle soigne sa blessure par balle.

Le FBI, en la personne de Denise Lupo, ne tarde pas à débarquer à Tiburn. Il est sur la piste des billets de banque dépensés par l’infirmière grassement payée pour ses soins. Elle interroge Elias qui ne trouve rien de mieux que de l’inviter à dîner…

Bien des auteurs américains ont écrit des romans se déroulant dans le monde universitaire, en montrant les dessous pas bien reluisants. Ici le professeur Elias n’a rien de bien glorieux. Mais si le registre est bien celui de la critique sociale, le ton est vraiment drôle. Elias White apparait comme un fantoche, plus ambitieux qu’intelligent. C’est un type qui voudrait parvenir mais qui n’a rien pour, si ce n’est son physique. Dixon par contre est beaucoup plus malin, il voit tout de suite à qui il a affaire et manipule habilement l’universitaire. De l’universitaire prêt à tout pour un article, un poste prestigieux ou du petit braqueur qui aspire à son coin de ciel bleu, lequel s’en sortira le mieux ?

« Nous vivons dans un grand pays. Tout est bien qui finit bien ». L’ironie de ce final n’a certainement pas manqué de déplaire outre-Atlantique puisque que ce deuxième roman n’a pas trouvé d’éditeur aux Etats-Unis (première publication en français en 2006, puis en anglais en Grande-Bretagne en 2008 sous le titre Dog Eats Dog). Il y a pourtant des écrits bien plus virulents qui trouvent preneur, comme ceux de la veine qu’on nomme « White Trash ».  Levison n’est ni vulgaire ni virulent, pas vindicatif non plus. Il a juste l’art de gratter là où ça démange, de faire rire jaune les arrivistes, ceux qui pour accomplir leur fameux rêve américain n’ont pas hésité à en délaisser leurs voisins.

La critique sociale n’a décidément rien n’à perdre en maniant l’humour.

Iain Levison sur Tête de lecture

 

Une canaille et demie

Iain Levison traduit de l’anglais par Fanchita  Gonzalez Battle
Liana Levi, 2006
ISBN : 978-2-86746-418-8 – 238 pages – 18 €

Parution originale : France, 2006





46 réponses à « Une canaille et demie de Iain Levison »

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