
Le lecteur est prié d’attacher sa ceinture avant d’embarquer aux côtés de Manuel Ovejedo, dit El Perro. Le rythme de ce roman furieusement rock’n’roll risque d’en débarquer plus d’un. Chaque chapitre débute par une mise en exergue de paroles de chansons. Je n’en connais pas cinq pour cent : s’agit-il là d’un livre pour happy few ? Non, car sans jamais avoir écouté (ou alors sans le savoir) un titre de Corona, Guns’N Roses ou Bon Jovi je suis entrée dans cette histoire frénétique et exubérante.
El Perro donc, et son pote, le Pasteur Noé. Enfin son ancien pote, parce que depuis qu’il l’a entourloupé, le pasteur Noé n’est plus que celui qu’il rêve de buter. La vengeance, les personnages de ce roman ont tous ça dans les veines. Ils ont pourtant fait de la prison ensemble, ils ont trafiqué ensemble et refroidi plus d’un type en travers de leur route sanglante. Mais se barrer avec le fric et faire encaisser au Perro le cadavre d’une gamine, c’est ce que le Pasteur Noé n’aurait pas dû faire.
Difficile de raconter chronologiquement le parcours de ces deux marginaux sanguinaires, puisque la narration se fait sur un mode aléatoire par la voix de El Perro. Le récit de prison est central. C’est là qu’ils se sont rencontrés et qu’ils se sont fait un ennemi juré du teigneux Pombero Vega, en assassinant « sa femme ».
La prison, le bordel, la route, les potes… Autant de figures indispensables et récurrentes qui font aller et venir le récit au rythme intensif d’un rock omniprésent. Les paroles entrecoupent les propos d’El Perro, tout comme les références au cinéma et aux séries télé. Ça aurait pu être épuisant, si l’auteur n’avait ménagé quelques parenthèses grâce à des épisodes extérieurs aux crimes et à la fuite : un jour d’enfance à la fête foraine et surtout Julia, rencontrée alors qu’elle avait treize ans.
Aucun personnages n’est du bon côté de la loi, aucun n’est aimable. Il n’y a là que des truands, des tueurs qui n’ont pour toute morale qu’un code d’honneur que presque plus personne ne respecte. Hypnotisé par la violence, le lecteur poursuit sa lecture incapable de comprendre un Pasteur fou de Dieu et de sang. En prison, il lit la Bible et pourtant, la vie pour lui ne compte pas.
J’avoue avoir été parfois perdue dans la chronologie des faits, et submergée par les images évoquées. Leonardo Oyola marche sur un fil très fin entre incantatoire et parodie. Cette dernière risquant à tout moment de faire basculer le roman dans le burlesque. J’ai regretté l’accumulation de scènes violentes écrites comme des films déjà vus (c’est le syndrome Tarantino qui gagne la littérature). L’action et la rage priment sur les personnages, sur El Perro notamment. Cependant la voix de Oyola est toujours saisissante et définitivement originale. Mais il s’éloigne tellement ici de l’humain que je n’ai pas aussi que par le personnage de Lagarto dans Golgotha.
Leonardo Oyola sur Tête de lecture
Chamamé
Leonardo Oyola traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton
Asphalte, 2012
ISBN : 978-2-918767-26-8 – 216 pages – 18 €
Chamané, parution en Argentine : 2007
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