
Chris Adrian est médecin, spécialisé en oncologie infantile. Il est aussi écrivain, auteur de trois romans dont deux antérieurs au recueil de nouvelles intitulé Un ange meilleur. Aucun n’est encore traduit en français. On se demande bien pourquoi tant l’univers de Chris Adrian est singulier, son écriture forte et originale. Sans jamais donner dans le pathétique, il décrit des personnalités détruites par le deuil, la maladie ou la violence. Il les fait évoluer dans des atmosphères pesantes, parfois à la limite du fantastique. Car les angoisses et souffrantes décrites ici sont propres à engendrer monstres et fantômes.
Pas d’êtres surnaturels dans la nouvelle qui ouvre le recueil « L’Arme blanche », une des plus terribles, qui sonne le lecteur comme un coup de poing. Calvin, neuf ans, en est le narrateur. Il est né jumeau, attaché à son frère par la poitrine. Mais son frère est mort à sept ans et depuis Calvin ne parle plus. Il se lie d’amitié avec Molly, la petite voisine orpheline : ensemble, ils tuent de petits animaux. Puis des animaux de plus en plus gros, puis…
Autre terrible texte : « Le Changelin ». Depuis l’âge de trois ans, Carl neuf ans est habité par les victimes des attentats du 11 septembre. Les morts se manifestent par sa voix réclamant « Justice. Réparation. Vengeance ». Lorsque son père se blesse volontairement et souffre, le vrai petit Carl revient : pour quelques heures ou quelques minutes les voix se taisent. Dans l’univers de Chris Adrian, il est le rare père à pouvoir faire quelque chose pour son enfant souffrant. Et il va le faire. D’autres enfants sont hantés par ces attentats, mais de façon prémonitoire, sous forme de visions.
Certains textes plongent le lecteur au cœur du monde hospitalier. Il partage, sur un ton terriblement léger, le quotidien d’une jeune adolescente que sa naissance prématurée a condamnée à des séjours réguliers à l’hôpital pour des traitements très lourds et à une vie en marge. Elle trimbale sa douloureuse lucidité avec son pied de perf dans les couloirs. Béatrice quant à elle est dans le coma en soins intensifs après une tentative de suicide. Elle sort de son corps et suit pendant une nuit les membres de l’équipe soignante qui deviennent dès lors autre chose que des blouses blanches ou vertes.
Souvent, Chris Adrian choisit de terminer ses textes sur des fins ouvertes. Le lecteur ne sait donc pas si la balle tirée va tuer quelqu’un, ou si le sacrifice du père sera utile. Un peu comme dans la vie, quand on ne connait pas à l’avance les conséquences de nos actes. Car la vie et surtout la mort sont imprévisibles. La mort frappe et ainsi construit des vies de souffrances et de deuil contre lesquels même l’amour ne peut rien.
L’ensemble est triste, on s’en doute, mais aussi poétique, parfois fantastique et même tellement décalé qu’on ne sait pas s’il faut rire ou pleurer. Ainsi le narrateur de la dernière nouvelle s’avère-t-il être le fils du Diable, paternité difficile à assumer s’il en est…
Un ange meilleur
Chris Adrian traduit de l’anglais par Nathalie Bru
Albin Michel, 2012
ISBN : 978-2-226-24136-8 – 282 pages – 22 €
A Better Angel, parution aux Etats-Unis : 2008
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