Les papiers de Tony Veitch de William McIlvanney

Le roman policier écossais a ses grands noms, William McIlvanney en fait partie. L’humide Aberdeen de Stuart MacBride, la splendide Edimbourg de Ian Rankin cèdent ici la place à Glasgow, nettement moins accorte, voir même austère. Le passé minier de la ville l’habille aujourd’hui encore de tristesse. C’est aux truands de la ville que William McIlvanney confronte son lecteur dans Les papiers de Tony Veitch pour peu qu’il soit plus attentif aux personnages qu’à l’intrigue.

J’ai tout de suite apprécié l’ambiance. Il m’a semblé marcher derrière les pas de ces truands en guerre les uns contre les autres. Car William McIlvanney ne fait pas dans le roman touristique. Il ne décrit pas à chaque coin de rue ce qui s’y est passé, ne parsème pas son récit d’anecdotes historiques ou cocasses. On s’intéresse ici à des types dangereux, ceux de Cam Colvin et ceux de John Rhodes. Paddy Collins, beau-frère de Cam vient d’être assassiné ; il cherchait Tony Veitch. Et Cam a des raisons de croire que la bande de Rhodes sait quelque chose à propos de ce Tony Veitch qui vient de disparaître sans que personne ne puisse désormais mettre la main sur lui.

Jack Laidlaw, inspecteur à la Brigade Criminelle, cherche Paddy Collins dont il vient de trouver le nom inscrit sur un papier dans la poche d’un de ses indics à l’agonie. Il est bientôt sûr que les deux morts sont liées et tournent autour de ce Tony Veitch, un jeune étudiant brillant mais radical et idéaliste. Et bien sûr, il y a aussi une femme dans cette histoire, et même une jeune lady égarée dans les bras de ces truands.

Mais ce Jack Laidlaw n’est guère apprécié de ses collègues. Il aura donc besoin de toutes ses certitudes et de son arrogance pour mener cette enquête à son terme. Avec son collègue Brian Harckness, il visite les pubs et fouille les rues. Il considère qu’un vieux clochard mérite son attention au même titre qu’un tueur à gages. Bref un humaniste têtu qui va son chemin sans compromission. Il semble brut de décoffrage et pourtant on sent ses failles et incertitudes. Juste un homme qui n’a rien d’un héros, mais le sens de la répartie. William McIlvanney a d’ailleurs de sens de l’image qui fait mouche. Il est difficile de ne pas apprécier ses comparaisons.

 Si on avait pu mettre l’ambiance en bouteille, ça aurait donné des cocktails Molotov. 

Les big boss, les petites frappes, les hommes de mains, William McIlvanney maîtrise ces portraits comme dans les dialogues. A travers eux, il dresse le portrait d’une ville violente, asservies aux intérêts de quelques uns. Contre eux, Jack Laidlaw parait bien seul, mais tenace. S’inscrivant plus dans la tradition d’un Chandler que dans celle d’un Conan Doyle, c’est un inspecteur qui cherche. Il se coltine la triste réalité des rues et ruine petit à petit son mariage et sa vie de famille. William McIlvanney parvient à être réaliste sans être glauque. Il porte attention à tous ses personnages pour construire un polar qui tient plus par l’ambiance que par l’intrigue. Immergée je l’ai été puisque ce livre fut lu en une journée.

William McIlvanney sur Tête de lecture

 

Les papiers de Tony Veitch

William McIlvanney traduit de l’anglais par Jan Dusay
Rivages/Noir, 1987
ISBN : 2-86930-066-2 – 340 pages – épuisé dans cette édition

The Papers of Tony Veitch, parution en Grande-Bretagne : 1983





16 réponses à « Les papiers de Tony Veitch de William McIlvanney »

  1. clara
    1. Sandrine
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