
Voici un jeune écrivain espagnol qui commence en littérature (ce livre est son premier traduit en France et son deuxième publié) par des choix étonnants et risqués, donc intéressants : un personnage principal plus qu’antipathique et surtout un épisode de l’Histoire de son pays bien peu glorieux. Il s’agit du siège de Leningrad auquel pris part la División Azúl de triste mémoire, composée de volontaires, pour l’essentiel des phalangistes, qui grossirent les rangs de l’armée allemande dans sa lutte contre le communisme.
Parmi eux, Arturo Andrade. Il n’a pas choisi son affectation, ce qui ne fait pas de lui un type bien aux yeux de l’Histoire puisqu’il est peut-être pire que bien des Espagnols. Les éditions Phébus ayant choisi de ne pas traduire le premier tome mettant en scène Arturo Andrade, le lecteur est contraint de reconstituer son passé très trouble à l’aide des allusions qui y sont faites. Bref, cet Andrade n’est rien moins qu’un assassin, jadis gradé de l’armée. Emprisonné pour son crime, il est envoyé sur le front russe en punition. Mais quand un crime est découvert, c’est à lui qu’on fait appel en raison de sa perspicacité lors d’une affaire précédente de tableaux volés.
Le corps d’un soldat égorgé se dresse, prisonnier d’un lac gelé, et entouré de chevaux saisis dans la glace. Vision d’apocalypse renforcée par une inscription sinistre gravée dans la chair du macchabée : « Prends garde, Dieu te regarde ». Arturo Andrade est chargé de découvrir le meurtrier, en toute discrétion afin de ne pas saper le moral des troupes qui s’enlisent par moins trente en cet hiver 1943 devant Leningrad. Il découvre que le très jeune soldat pratiquait la violeta variante de la roulette russe.
J’ai bien failli m’enliser moi aussi dans ce roman que j’ai trouvé très laborieux. Le rythme est lent, la narration très descriptive et les intérêts des uns et des autres peu explicites. Les personnages sont nombreux et leurs intérêts peu clairs à mes yeux et malgré mon intérêt pour l’histoire espagnole. Arturo Andrade n’a rien pour lui, même pas son intelligence : il est lourd, lent à la compréhension et se fait même violeur à l’occasion. Les blessures du passé, parait-il… Bref, je n’ai pas perçu de densité chez les personnages ni adhéré au rythme de l’enquête, d’ailleurs très nébuleux. Je parviens donc au bout de ces trois cent soixante pages vraiment déçue car j’attendais beaucoup de cette lecture tant vantée par ailleurs, par exemple ici.
Empereurs des ténèbres
Ignacio del Valle traduit de l’espagnol par Elena Zayas
Phébus, 2010
ISBN : 978-2-7529-0399-0 – 365 pages – 24 €
El tiempo de los emperadores extraños, parution en Espagne : 2006
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