Le secret de l'immortelle d'Alma Katsu

Avec ses roses rouges sur fond noir, Le secret de l’immortelle se présente comme un roman sentimental. Le titre laisse présager une version vampirique. Si amour il y a bien, on ne croise pas l’ombre d’un vampire, malgré un détour en terres roumaines. On peut donc présumer qu’Alma Katsu joue avec les codes d’un genre tellement revisité qu’il finira bien par en sortir exsangue lui aussi. Elle y ajoute les ingrédients d’un autre genre à la mode, l’érotisme ou plutôt la conduite immorale d’une jeune fille qui préfère le sexe au couvent. Comme on la comprend…

Lanny est la toujours jeune héroïne de ce roman. Luke Findley, de nos jours médecin à Saint-Andrew dans le Maine, la découvre alors qu’elle surgit de la forêt, couverte de sang. Elle vient de tuer un homme. Il l’aide à fuir et à quitter le pays pour le Canada. Durant leur périple, elle lui raconte sa longue vie.

Née à Saint-Andrew au tout début du XIXe siècle, Lanny s’éprit très jeune du beau gosse du village, fils du fondateur de quelques années son aîné, Jonathan Saint Andrew. Beau au-delà du raisonnable, il attire tous les regards et suscite l’admiration, voire plus, de toutes femmes, même les plus puritaines. Le charme fait homme. Nombre d’entre elles n’y résistent pas et Sophia, jeune femme mariée, tombe enceinte. Jonathan demande à son amie Lanny de le sortir de ce mauvais pas. Mais Sophia se suicide et quelques années après, c’est au tour de Lanny de se retrouver enceinte du séducteur.

Ses parents décident de l’envoyer dans un couvent de Boston. Elle n’y entrera jamais puisqu’elle préfère suivre l’invitation d’un mystérieux couple, en apparence riche, beau et généreux. Ils sont les compagnons d’Adair, un libertin qui mène grand train. Il passe sa vie à pratiquer la fornication sous toutes ses formes. Et comme il est né au XIVe siècle, sa pratique des plaisirs de la chair est on ne peut plus variée…

Les amatrices d’érotisme épicé, de porno soft et autres genres à la mode seront cependant certainement déçues. Car Alma Katsu ne décrit pas les ébats de ses personnages, nous épargnant lassitude et grotesque. Elle place son héroïne dans des situations indécentes, largement immorales pour l’époque (l’adultère, la prostitution, l’homosexualité, l’amour à plusieurs…) et choisit d’en analyser les conséquences à la fois sociales et personnelles. Ainsi, la vie de Lanny jeune fille à Saint-Andrew est largement documentée, l’auteur décrivant la vie de ces pionniers, la communauté qu’ils forment, la pauvreté, le travail, la place des femmes, les rapports avec le fondateur… Alma Katsu porte une grande attention à l’aspect historique ce qui donne une certaine consistance à l’héroïne et évite au roman de tomber dans la simplicité de quelques clichés et la mièvrerie.

On ne touche bien sûr pas au chef d’œuvre en matière de roman historique et d’analyse sociologique. Mais il me semble qu’Alma Katsu fait ici preuve d’un souci du détail peu commun dans ce genre de littérature. De même, la densité de ses personnages et la précision du contexte distinguent ce roman. Que l’immortalité soit fruit d’un alchimiste plutôt que d’un vampire milite également en faveur de l’originalité. Un roman qui ne sera donc peut-être pas aussi vite oublié que les autres. D’autant plus qu’il semble faire partie d’une trilogie, même si ce volume se suffit à lui-même.

 

Le secret de l’immortelle

Alma Katsu traduite de l’anglais (américain) par Maryvonne Ssossé
Le Pré aux Clercs, mai 2013
445 pages – 21€

The Taker, parution originale : 2011





2 réponses à « Le secret de l’immortelle d’Alma Katsu »

  1. Lisbei
    1. Sandrine

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