Au début de Old Boy de Park Chan-wook, Oh Dae-su (Choi Min-sik) est kidnappé et enfermé pendant quinze ans dans un appartement avec la télévision pour seule compagne. Il y mesure le passage du temps et découvre que sa femme a été assassinée et qu’il est le principal suspect de ce meurtre, lui qu’on croit disparu et en fuite.
Il est enfin libéré, sans explication. Il échoue dans un restaurant où il rencontre une jeune femme, Mido (Kang Hye-jeong) qui le prend en pitié et le ramène chez elle. Il a décidé de découvrir qui l’a enfermé et de se venger. Il comprend rapidement que son ravisseur, un certain Lee Woo-jin (Yu Ji-tae) le suit, l’a mis sur écoute et le manipule. Pourquoi ? Il veut comprendre.

Sans en dévoiler trop sur une intrigue complexe très bien menée par Park Chan-wook, on comprend petit à petit que Dae-su est lui-même victime d’une vengeance dont son enfermement n’était qu’une étape destinée à laisser passer le temps. Celui qui veut se venger de lui a décidé de lui faire vivre ce qu’il a lui-même vécu par sa faute, drame de l’amour et de la mort.

Park Chan-Wook installe une tension mêlée d’horreur et de suspens sans cesse désamorcée par des scènes qui tiennent du gag. Exemple : quand Dae-su est libéré, il arrive en haut d’un immeuble où un homme qui tient un petit chien blanc dans les bras est sur le point de se jeter dans le vide. Dae-su le retient, il lui raconte son enfermement et lui fait part de son incompréhension. Quand l’homme veut aussi lui expliquer son désespoir, Dae-su s’en va. Alors qu’il quitte l’immeuble, l’homme tombe du toit et s’écrase sur une voiture en stationnement, le chien toujours dans les bras. Gag ?

D’autres scènes construisent une sorte de burlesque improbable. Dae-su, sur les traces de son tortionnaire, se retrouve dans un couloir obscur assailli par une douzaine de types patibulaires et déterminés à lui faire la peau. Armé d’un seul marteau, il les met tous k.o., alors qu’il a un couteau planté dans le dos. La scène est visuellement superbe mais évidemment totalement improbable.

D’autres scènes sont esthétiquement superbes, comme celle où Dae-su court dans son ancien lycée après le jeune homme qu’il a été : escalier-labyrinthe dans lequel le passé échappe au présent et au possible rachat.
D’autres sont simplement insupportables, ceux qui ont une phobie des scènes de torture sur la bouche et les dents passeront leur chemin sous peine de nuits agitées…

En conclusion : le genre de film qui demande beaucoup au spectateur qui veut à la fois ne rien rater des sous-titres, visualiser tous les effets de mise en scène complètement loufoques ou carrément culottés et débroussailler, quand même, une intrigue retorse. Le scénario, riche en rebondissements, ne manque pas de quelques grosses ficelles (l’hypnose permet bien des choses…).
La rédemption est au bout du chemin, peut-être… mais elle passe par l’amnésie (et par l’ingestion de poulpe vivant)…) ce qui dénie à l’homme tout libre-arbitre. Ces Asiatiques ont une façon de désamorcer le tragique qui me laisse déconcertée… Je vois dans Old Boy de Park Chan-wook le même mélange de tragédie et de bouffonnerie que dans The Host de Bong Joon-ho, sud-coréen lui aussi, et je ne parviens pas à lier les deux registres. Déconcertant.

Park Chan-wook sur Tête de lecture

Old Boy  
Park Chan-wook, 2003





4 responses to “Old Boy de Park Chan-wook”

  1. erwelyn
    1. Sandrine
    1. Sandrine


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