Monastère de Eduardo Halfon

Si certains pays d’Amérique hispanophone voient leurs auteurs largement traduits en français, il n’en va pas de même pour d’autres dont on peine à découvrir la littérature contemporaine. Ainsi du Guatemala. Les éditions La Table ronde ont heureusement choisi de traduire les romans d’Eduardo Halfon. Pirouette est paru en 2013 et Monastère en ce début d’année 2014.

Il est avant tout question dans ce court roman d’identité et de religion. Eduardo Halfon, narrateur de ce qui s’annonce comme un roman, arrive à Jérusalem pour le mariage de sa sœur. Il se la rappelle joyeuse enfant. Mais elle est devenue juive ultra orthodoxe, couverte des pieds à la tête et observant les moindres rituels. A l’inverse, il rencontre Tamara, jeune femme peu farouche qu’il a jadis connue. Il visite la ville sainte d’une part avec son futur beau-frère, d’autre part avec Tamara. Au cours des deux visites, il est question de murs et de frontières, de territoires et de lois qui séparent les hommes.

Ce que nous dit Monastère, c’est que l’homme est multiple, autant dans ses origines que dans ses aspirations et préoccupations. Le narrateur est juif d’origine mais étranger à toute pratique comme à l’hébreu ou au yiddish. Il est guatémaltèque, tout en ayant pour ancêtres des Libanais et des Polonais. Alors qu’il reluque Tamara à moitié nue (la jeunesse) au bord de la mer Morte (des millénaires d’Histoire), il revoit son grand-père sur son lit de mort, lui écrivant peu de temps auparavant l’adresse de l’endroit où il vivait en Pologne avant son arrestation et sa déportation.

L’homme c’est ça, semble nous dire Eduardo Halfon : un héritage et un être en devenir, la mort et la vie, la tristesse et la légèreté. Pour survivre, un homme doit être capable de changer, voire de se renier. La sœur si joyeuse qui devient austère, ou ce petit garçon juif caché pendant la guerre dans un monastère catholique sous l’identité d’une petite fille. Ainsi fut-il sauvé.

Les nombreuses références à la religion juive peuvent être déroutantes pour qui ne l’est pas. Mais Eduardo Halfon va au-delà de l’appartenance religieuse pour exprimer un sentiment d’étrangeté au monde (on le regarde souvent comme un original, comme celui qui se promène avec une doudoune rose dans Varsovie la grise) et la richesse de ses origines pluriethniques.

 

Monastère

Eduardo Halfon traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan
La table ronde (Quai Voltaire), 2014
ISBN : 978-2-7103-7083-3 – 152 pages – 16 €

Monasterio, parution originale : 2013





17 réponses à « Monastère de Eduardo Halfon »

    1. Sandrine
    1. Sandrine
  1. Alex-Mot-à-Mots
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  2. Valérie
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  3. it’s a riddle

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