
Un bébé sur mesure : grand mais pas trop, intelligent, sociable, généreux et ouvert sur les autres. Ou un battant qui fera fortune histoire de prendre sa revanche sur l’histoire familiale. On peut (presque) tout imaginer. Ce que Naomi et John voulaient à la base, c’est un enfant en bonne santé, non porteur du syndrome qui a coûté la vie à leur premier enfant, à quatre ans. Le docteur Dettore, qui officie off shore pour éviter la loi américaine leur propose bien plus, mais ils tiennent bon et ne choisissent d’améliorer qu’une douzaine de capacités pour leur futur fils, parmi les milliers proposées.
Rien ne se passe comme prévu. La première surprise, alarmante, c’est que Naomi attend des jumeaux et non un fils. Si le professeur Dettore, mort subitement d’un accident d’hélicoptère en pleine mer, a pu se tromper sur un point aussi simple que le nombre d’enfants, qu’a-t-il raté d’autre ? Naomi et John vont rapidement se rendre compte que leurs enfants sont différents, très différents, voire inquiétants. Hyper intelligents mais aussi cruels, ils ne tissent aucun lien affectif ou social avec qui que ce soit.
Et le lecteur de s’inquiéter. Ces deux anges blonds vont-ils se lasser de leurs parents au point de les trucider ? Car il apparaît clairement que ces deux-là ne vont pas pouvoir passer leur vie au fin fond de l’Angleterre. Ils n’ont aucun sentiment et l’attitude de leurs géniteurs leur pèse alors qu’ils n’ont biologiquement que trois ans et s’intéressent à la physique des particules.
L’intrigue se tisse plus autour d’un suspens familial et psychologique que d’un thriller scientifique. Ce sont ici les conséquences de manipulations génétiques qui entretiennent le suspens. D’autant plus que les « enfants » du professeur Dettore (tous des jumeaux) sont poursuivis dans le monde entier par une secte. Ses membres souhaitent lutter contre les avancées de la science qu’ils jugent contraires à la loi divine. Le lecteur suit avec compassion le destin de Naomi et John, les victimes de l’histoire, manipulés de A à Z. Malgré tout, leur naïveté à l’égard de leurs enfants agace un peu parfois. Car on se dit que le savant fou a créé une race supérieure pour assouvir quelques desseins personnels inavouables.
Heureusement, Peter James est plus malin que ça, et on le sait depuis Comme une tombe, si épatant suspens maîtrisé de bout en bout. Des enfants trop parfaits n’est pas aussi abouti, comporte quelques longueurs, mais nous emmène ailleurs que là où on pensait aller, ce qui est bien plus stimulant qu’une énième condamnation des dérives de la science.
Peter James sur Tête de lecture
Des enfants trop parfaits
Peter James traduit de l’anglais par Raphaëlle Dedourge
Fleuve Editions (Fleuve Noir), mars 2014
548 pages, 20€
Perfect People, parution originale : 2011