
Dans une cité industrielle sur le déclin, Bo et Hama sont le soleil l’un de l’autre. Leurs conditions de vie sont difficiles, il semble même déplacé de s’aimer. Ils se promettent pourtant de ne jamais se quitter. Et parce que la joie de vivre peut être contagieuse, le Castor Blagueur rouvre ses portes, accueillant artistes au chômage et habitants désœuvrées. Mais le destin a décidé d’en finir avec la petite bourgade. Un sale jour, l’Usine qui la fait vivre explose, détruisant tout alentour, y compris les mains d’Hama….
Poussés par l’animosité imbécile des habitants, les deux amants doivent partir. Hama est enceinte. Ils marchent longtemps, survivant avec peine aux rigueurs de l’hiver. Jusqu’à l’arrivée d’un étrange petit homme sage-femme qui leur ouvre les portes de son havre de paix. Le bout du chemin ?
Anne-Laure Bondoux a repris la plume. On la retrouve avec plaisir, et avant même d’ouvrir le livre on s’interroge sur la tonalité du titre de son nouveau roman. Il est à peine moins grave que Les larmes de l’assassin, même si chargé d’espoir. L’amour est certes au centre de Tant que nous sommes vivants. Mais un amour qui traverse bien des épreuves : l’hostilité, la faim, l’incompréhension, le deuil…
Pour garder leur amour à l’abri de tout, Bo et Hama doivent-ils sacrifier leurs espoirs, leurs aspirations personnelles ? S’oublier dans un idéal commun ? Eux qui ne sont pas nés pour le bonheur, entourés de misère et de grisaille, veulent se donner le moyen d’être heureux. Quitte à se transformer, à être quelqu’un d’autre ? Partir en gardant ses secrets, en enfouissant son passé est-il une solution ? Tsell, la fille de Bo et Hama sera bien malgré elle dépositaire de leurs silences et de leurs renoncements.
Il y a beaucoup de tristesse dans ce roman qui sans cesse va et vient entre des opposés qui animent le monde. L’ombre de la guerre, la poussière de l’explosion, la pénombre d’un monde souterrain : tout est gris, seul palpite l’amour, bien frêle. La belle plume d’Anne-Laure Bondoux entretient cette vitalité-là, en des temps où « on ne peut pas se permettre de vouloir le bonheur ».
Anne-Laure Bondoux sur Tête de lecture
Tant que nous sommes vivants
Anne-Laure Bondoux
Gallimard Jeunesse, septembre 2014
297 pages, 15€
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