
Il faut une bonne dose de confiance pour ouvrir un livre à la couverture aussi moche que celle-là. Même la typo est à fuir. Dès lors, il ne reste plus que Bacigalupi et l’enthousiasme avec lequel il parlait de son livre au dernier festival America.
Le monde est rongé par le roncier, entité végétale se nourrissant de magie. Magie ? Fantasy ? Plutôt conte, dont la signification est à chercher parmi les préoccupations écologiques de l’auteur. Les hommes se sont habitués à utiliser la magie pour se simplifier la vie, se guérir. Jusqu’au jour où ils ont compris que le roncier nourri de magie était en train de dévorer le monde, de l’étouffer. Dès lors, la magie ne fut plus réservée qu’à quelques Magistères, conseillers haut placés. Chacun cependant reste capable de l’invoquer et donc d’alimenter en douce et illégalement la faim insatiable du roncier meurtrier. Mais chacun n’a-t-il pas une bonne raison d’invoquer la magie ?
Jeoz est l’alchimiste de Khaim. Alchimiste et non pas magicien, au moins officiellement. Depuis des années il cherche à contrecarrer le roncier à l’aide de son balanthast et n’a réussi qu’à détruire périodiquement l’intérieur de son domicile. Mais il n’y a bientôt plus rien à détruire chez lui car réduit à la misère, il vient de vendre son dernier meuble : le lit de sa petit fille. C’est donc à point nommé qu’il découvre enfin une formule alchimique lui permettant de stopper l’avancée du roncier. Il doit se rendre au palais pour en informer le Maire et son Magistère officiel.
Nous avons donc des hommes qui s’emploient à détruire leur habitat. Tout en sachant qu’ils accélèrent leur perte, ils continuent à pratiquer ce qui les soulage à court terme mais les condamne dans la durée. La métaphore est évidente, voire simpliste à moins de s’adresser à des enfants ce que rien n’indique. Paolo Bacigalupi relève donc son propos d’un peu d’éthique qui ramène chacun à ses propres convictions : sont-elles solubles dans l’immédiate nécessité ?
Avoir choisi la forme d’un conte presque enfantin est assez déconcertant et au final pas complètement convaincant.
Paolo Bacigalupi sur Tête de lecture
L’alchimiste de Khaim
Paolo Bacigalupi traduit de l’anglais (américain) par Sara Doke
Au Diable Vauvert, juin 2014
119 pages, 7€
The Alchemist, parution originale : 2011
Laisser un commentaire