Je vais mourir cette nuit de Fernando Marias

Une vengeance machiavélique par-delà la mort, tel pourrait être le sous-titre de ce roman très noir d’un auteur espagnol qui comme beaucoup, gagnerait à être plus connu.

Je vais mourir cette nuit est une lettre adressée par un homme mort depuis de nombreuses années à celui qui causa sa perte. Le narrateur écrit juste avant de se suicider le texte que le commissaire Delmar qui l’a fait emprisonner lira et qui lui révélera qu’il n’a été qu’une marionnette manipulée. C’est que quand il fait arrêter cet homme, Delmar le prend juste pour un faussaire d’envergure. « Juste » un faussaire d’envergure. Or, l’homme a dirigé la Corporation, une organisation très ancienne qui organise au long court la pauvreté d’artistes géniaux pour se présenter ensuite comme sauveur. A l’écrivain affamé, elle propose l’argent nécessaire pour le sortir de la dèche contre une œuvre exclusive, unique et qui doit rester rigoureusement secrète. Des dizaines d’années plus tard, voire un siècle pourquoi pas, l’œuvre en question ressort, d’une valeur inestimable…

C’est cet homme-là qui a décidé de la perte lente et honteuse de Delmar, celui qui l’a emprisonné. Confiant la réalisation de son plan au mystérieux homme blond, il sait que tout se déroulera comme prévu, grâce à sa fortune et peut dès lors raconter au Delmar déchu l’histoire de sa vengeance. Qui commence par un accident de voiture qui lui fit perdre sa main droite et sa confiance en lui, et défigure à jamais son collègue.

Il serait bien sûr dommage de dévoiler tous les rouages de cette incroyable vengeance post-mortem. Le lecteur qui lit la lettre du mort à Delmar ne sait pas si tout s’est effectivement passé comme prévu. Il y a donc un ultime chapitre, à la troisième personne, qui dévoile un auteur au moins aussi prévoyant que son narrateur. Au final, tout ça tient de la virtuosité narrative, et on ne se plaint que du petit nombre de pages : comme j’aurais voulu, par exemple, en savoir plus sur la Corporation !

Il n’est donc qu’à se laisser emporter par le délire d’un sadique qui élève la vengeance au rang d’art, avec une méticulosité effrayante et surtout une cruauté sans commune mesure avec la faute originelle. C’est d’une épouvantable noirceur, mais qu’est-ce que c’est bon !

Mais pourquoi Fernando Marias n’est pas plus connu que ça en France ? Il l’est sur Tête de lecture où il ne tardera pas à revenir, c’est certain.

Fernando Marias sur Tête de lecture

 

Je vais mourir cette nuit

Fernando Marias traduit de l’espagnol par Raoul Gomez
Cénomane, 2007
ISBN : 978-2-916329-05-5 – 124 pages – 15 €

Esta noche moriré, parution en Espagne : 1996





29 réponses à « Je vais mourir cette nuit de Fernando Marias »

  1. Athalie
    1. Sandrine
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  2. Alex-Mot-à-Mots
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