
Bien emmitouflée sur la planète Mars, je n’avais pas entendu parler de ce roman, Le Voyage d’Octavio, avant de tomber dessus pas hasard. C’est après lecture que j’ai découvert le flot d’éloges dont il est l’objet. Le Figaro parle de « premier et magistral roman », Augustin Trapenard s’enthousiasme pour la langue d’un « petit Cervantès », même si l’auteur vénézuélien écrit en français. Mais d’où est donc venu cet ennui qui m’a rapidement saisie pour ne plus me lâcher ?
Don Octavio est un pauvre analphabète vénézuélien. Il n’y a même pas chez lui de quoi dresser une ordonnance. Le médecin écrit donc sur la table, que don Octavio emmène ensuite à la pharmacie. C’est là qu’il rencontre Venezuela, c’est-à-dire l’amour. Cette femme volubile et généreuse prend le temps de lui apprendre à lire et à écrire. Ils s’aiment. Mais alors pourquoi, mais pourquoi Octavio accepte-t-il de cambrioler sa maison avec sa confrérie de voleurs, lui qui ne prend jamais part aux cambriolages ? On ne le saura pas. Peut-être parce qu’il plane sur Le Voyage d’Octavio un certain onirisme qui se passe d’explication. Soit.
Il est cependant lassant, dès que l’irrationnel survient dans un roman écrit par un latino-américain, d’entendre parler de réalisme magique. Il faut bien plus que ça, et notamment un substrat mythique que Miguel Bonnefoy s’efforce de créer, bien laborieusement à mes yeux. Tout va trop vite, il n’y a ni vie, ni odeur et les personnages s’ils sont esquissés ne sont pas habités.
La langue aurait pu me séduire car elle est à l’évidence très travaillée. Malheureusement, bien trop à mon goût. Exemple :
Car, comme des femmes, Octavio n’avait jamais connu des mots autre chose que leur onde effacée, l’habitude qu’ils disparaissent aussitôt, sortis de sa bouche, comme des coups d’épée dans l’eau. Mais il découvrait à présent qu’il pouvait en conserver la trace, mélangeant le nom des choses et les choses de l’amour. Il gravait, d’un seul trait, à la fois le désir et son empreinte. Assoiffé d’apprendre comme on a soif d’aimer, il ne se lassait pas de confondre les deux alphabets. Le temps qu’ils passaient ensemble avait quelque chose d’illisible.
Illisible ? Trop de poésie tue la poésie et à force de souligner, on gribouille. Et que dire du fait que la Femme, celle qui fait découvrir l’amour, la littérature et le pays s’appelle Venezuela ? Dans un roman français, une telle femme prénommée France ferait hurler de ridicule… Quand elles se font plus subtiles, certaines phrases me plaisent : « Tandis qu’il habillait la matière, il avait le silence pour tout vêtement ».
Le risque d’une langue aussi originale est bien sûr de ne pas être compréhensible par tous : je suis restée sourde à cette poésie-là. Si l’on ajoute à ça que j’ai trouvé maniéré le rapprochement entre découverte de l’amour et accession à la lecture puis l’écriture, il ne reste plus grand-chose. L’évocation de la nature m’a rapidement lassée de même que les longues descriptions des gestes d’Octavio rénovant son église. Pour moi, Le Voyage d’Octavio est un roman trop travaillé auquel il manque des ingrédients essentiels : l’authenticité et la vie.
Le voyage d’Octavio
Miguel Bonnefoy
Rivages, 2015
ISBN : 978-2-7436-2941-0 – 123 pages – 15 €
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