
Le 23 décembre 1588 est un de ces grands jours de l’Histoire de France, ce jour funeste pour certains, libérateur pour d’autres où le roi de France Henri III fit assassiner le chef de la Ligue. L’assassinat du duc de Guise, c’est le thème choisi par Denis Lépée pour ce roman historique qui marie parfaitement fiction et Histoire. L’assassinat eut lieu au château royal de Blois, mais l’histoire racontée dans Le loup et le lion commence en Auvergne un an et demi auparavant.
Gabriel de Lespéron a alors dix-huit ans. Il se morfond dans la seigneurie de son père, un homme secret qui ne lui a jamais rien dit de sa vie passée ni même de celle qui fut sa femme, morte en donnant naissance à Gabriel. A la faveur d’une visite de son oncle, le jeune homme découvre la gravité de la situation dans le royaume de France tiraillé entre l’Angleterre protestante et la domination espagnole. Qui sera le successeur désigné du roi Henri III, dernier roi Valois sans héritier ? Le duc de Guise chef des ultra-catholiques ou Henri de Navarre le protestant ?
Depuis des années déjà les guerres de religion ensanglantent régulièrement le royaume. Jusque dans la paisible Auvergne, protestants et catholiques s’affrontent, obligeant Gabriel à défendre un fugitif contre trois assaillants. S’inscrivant en faux contre l’inertie paternelle, Gabriel part pour Paris. Sa route croise celle de deux jeunes gens agressés par des bandits : il leur vient en aide et découvre qu’il s’agit des enfants du duc de Guise, François et Marie.
Dès lors, c’est l’aventure avec un grand A qui attend le jeune Auvergnat dont le destin se trouve confondu avec celui des plus grands du royaume. Devenu garde du corps grâce à ses talents de bretteur, il côtoie l’ombre et la lumière, de Côme Ruggieri à Michel de Montaigne, se tient tout près du duc de Guise et rencontre même le roi. Car Gabriel a choisi son camp, celui des ultra-catholiques de la Ligue et contre la politique de tolérance royale. Ce qui s’avère d’ailleurs assez étonnant dans un roman historique aujourd’hui, les jeunes héros n’endossant généralement pas le parti des intolérants. Gabriel lui ira jusqu’au bout de son fanatisme, très loin dans la vengeance.
Denis Lépée nous introduit ainsi au plus près des Guise c’est-à-dire des alliances, complots et autres stratégies de pouvoir visant à déstabiliser le tiède Henri III et d’éliminer la menace protestante. Priorité à l’Histoire qui fournit au jeune Gabriel son comptant d’aventure et de combats. La fiction s’invite aussi dans Le loup et le lion grâce à quelques ajustements de dates et quelques personnages de fiction que l’auteur prend soin de spécifier. Peut-être est-ce là qu’il faut trouver la raison de l’absence de chronologie des événements qui pourrait être utile à tout lecteur curieux mais un peu oublieux des guerres de religion.
Le parti pris est original et le plaisir au rendez-vous : à l’instar de Gabriel de Lespéron, le lecteur est saisi par le vent de l’Histoire, introduit en haut lieu dans les secrets des Grands, là où le pouvoir se paie au prix du sang.
Denis Lépée sur Tête de lecture
Le loup et le lion
Denis Lépée
Plon, 2015
ISBN : 978-2-259-22814-5 – 399 pages – 21,90 €
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