Le musée du Luxembourg, en partenariat avec la National Portrait Gallery de Londres, propose une exposition consacrée aux Tudors. Et les Tudors, c’est un peu comme les Borgia : une famille devenue mythique et objet de légende. Et bien qu’elle n’ait que peu régné sur l’Angleterre (1485-1603), elle lui donna deux de ses plus grands souverains : Henry VIII et Elizabeth Iere.

L’exposition se veut didactique. Il n’est pas nécessaire de tout savoir sur cette famille pour l’appréhender : arbre généalogique et panneaux thématiques expliquent à propos le minimum à savoir, en particulier les liens de parenté. Il faut cependant être adepte car il n’y en a bien sûr que pour eux…
Certains points historiques importants sont cependant très succinctement abordés comme la lutte contre l’Église de Rome ou l’affrontement entre Mary Stuart et Elizabeth.
Ce qu’on aime dans ces familles, c’est leur face noire : crimes, empoisonnements, décapitations… rien n’est de trop pour éliminer conjoints et adversaires. Ce sont bien ces crimes et complots qui ont tant inspiré et inspirent encore la littérature, le cinéma et aujourd’hui les séries. L’exposition Tudors au musée du Luxembourg souhaite d’une part s’inscrire en faux, retrouver les vrais visages de ces souverains, notamment à travers leurs portraits. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils y perdent…
Philippe II, roi d’Espagne, aurait même protesté : on lui a montré un portrait trop avantageux de sa future femme (qui était donc encore plus moche que ça) :
Et pourtant, grand nombre de ces portraits, loin d’être réalistes, se devaient d’être flatteurs… On en conclut que la magnificence se lisait bien plus dans les vêtements, bijoux et contexte que dans l’apparence physique. Et on admire en effet le luxe des robes et des costumes, les magnifiques bijoux des hommes comme des femmes.
On retrouve la même magnificence dans les nombreux livres d’heures, psautiers et traités : très richement enluminés, ils éblouissent par leur minutie et leurs couleurs.
Pourtant par ailleurs, l’exposition n’en oublie pas l’enthousiasme populaire que les Tudors suscitent aujourd’hui, perceptible dans les films et séries. C’est d’ailleurs dès l’entrée que le visiteur peut admirer la magnifique robe de couronnement portée par la reine Elizabeth Iere Cate Blanchett dans le film de Shekhar Kapur…
En indiquant que le roi Henry VIII divorce pour épouser Anne Boleyn, l’exposition accrédite l’image romanesque, romantique et réductrice d’un acte purement sentimental. C’est d’un schisme qu’il s’agit pourtant, pas d’une affaire de coeur. Paradoxalement, une série comme les Tudors, en consacrant une saison entière à la période du divorce d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon porte un regard bien plus juste sur cet événement, en explicitant les raisons religieuses.
A travers plusieurs tableaux, l’exposition s’attarde sur la vie « amoureuse » de la reine Elizabeth, également sujette à fiction. Étrangement pourtant, la boutique qui propose films et séries en DVD ne fait pas mention à l’excellente mini-série de HBO : Elizabeth I avec Helen Miren dans le rôle titre qui est décidément excellente en reine d’Angleterre, quelle qu’elle soit. Et je peux assurer qu’on en apprend plus sur les enjeux d’un éventuel mariage de la reine dans cette mini-série quand dans cette exposition. On ne trouve pas non plus dans cette boutique Deux soeurs pour un roi (2008) de Justin Chadwick ou Mary, Queen of Scotts (2013) de Thomas Imbach.
Car la dernière partie de l’exposition est consacrée à certaines œuvres inspirées d’épisodes de la vie de cette rocambolesque et royale famille. Shakespeare, Walter Scott, Victor Hugo, Donizetti… et c’est à peu près tout. Absolument rien sur les œuvres plus contemporaines qui pourtant ne manquent pas comme celles de Philippa Gregory, S.J. Parris ou C.J. Sansom (avec les enquête de Matthew Shardlake) : il a coulé de l’eau sous les ponts depuis le XIXe siècle…
Oui, cette exposition est terriblement courte. Si l’on est rassasié de tableaux (le plus surprenant étant une anamorphose d’Edouard VI), on voudrait aussi des costumes, des bijoux, des objets, des reconstitutions pourquoi pas… ce qui est présenté est intéressant, mais insuffisant en quantité pour satisfaire pleinement les curieux, dont de nombreux anglophones en ce premier samedi d’exposition parisienne. Je croyais d’ailleurs que tout le monde s’était donné rendez-vous au Salon du Livre de Paris, bondé comme il se doit un samedi, mais non : le vestiaire était plein et les étroites allées du musée très encombrées (si celle qui jacassait dans son téléphone portable passe par ici, qu’elle sache que je la déteste !).
A celui qui veut en savoir plus sans se plonger dans un ouvrage historique, je recommande un de ces magazines publiés à l’occasion de l’exposition. Très semblables, je les ai longtemps feuilletés pour finir par choisir le hors-série du Figaro (qu’on n’en tire pas d’hâtives conclusions…) : richement illustré comme les autres, il traite plus en détails certains faits et le chapitre « 9 journées de la vie d’une dynastie » revient sur l’essentiel de certaines dates clés. Une partie est consacrée aux ouvrages historiques sur cette famille (pas de romans malheureusement) et huit pages à la série de Michael Hirst.
Les Tudors
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e
Du 18 mars au 19 juillet 2015
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