Les enfants de Peakwood de Rod Marty

Tout commence par un accident : un car scolaire rempli d’enfants percute une voiture arrêtée en plein milieu d’une route enneigée du Montana. On prévient les pompiers, le médecin du coin. Ce dernier ne pense alors qu’à une chose : sa fille, sa petite fille se trouve dans ce car. Chayton Littlefeather n’hésite pas un instant : il appelle son père, chaman sur la réserve, pour qu’il procède au rituel qui permet de ramener les morts.

On ne retrouve Peakwood que bien des années après l’accident, alors que les enfants sont devenus des adolescents. Ils vont au lycée et se connaissent par coeur puisqu’ils n’ont jamais quitté la communauté. Kevin est capitaine de l’équipe de foot, Tom le surdoué préfère ne pas se faire remarquer, Nora soigne sa dyslexie grâce à des cours hebdomadaires avec Jenny, ancienne institutrice qui a laissé ses jambes dans l’accident.

Le lecteur suit également Helen, la mère alcoolique de Tom, Andrew, conducteur du car devenu pompiste, Deborah, la mère monomaniaque et dépressive de Paul et Jim. Bien d’autres personnages apparaissent plus au moins fugitivement, tous existent par leurs fêlures, leurs émotions et donnent vie à ce roman. C’est en effet une des grandes forces de Rod Marty que de savoir animer cette communauté isolée : les multiples relations entre les gens, les dialogues, les descriptions : tout concourt à un réalisme qui prépare aux événements étranges qui surviennent tout à coup.

Tout est si minutieusement amené qu’il serait dommage de dévoiler ce qui subrepticement survient et pourquoi. Le passé bien sûr est en cause, mais pourquoi des adolescents et même certains adultes découvrent sur eux des blessures ouvertes ou souffrent-ils de terribles démangeaisons ? Le médecin est le premier à faire le lien mais il va devoir comprendre pourquoi le passé ressurgit tout à coup, pourquoi soudain la mémoire semble revenir à certains.

En plus de peindre des personnages crédibles et consistants, Rod Marty installe une ambiance prenante car le quotidien de la communauté s’imprègne peu à peu de fantastique. Les symptômes étranges surgissent, le lecteur s’inquiète pour des personnages qu’il apprécie déjà pour leur fragilité, leurs failles, leur naturel. Qui d’autre sera touché ? L’inquiétude plane sur Peakwood, à l’instar des esprits anciens. L’ambiance se situe quelque part entre Twin Peaks et Graham Masterton. En plus subtil que ce dernier qui parfois abuse de la quincaillerie fantastique. Car autre atout de Rod Marty : son style sobre et son utilisation modérée de l’attirail du genre. C’est moins l’horrifique qui importe ici que l’inquiétude et le malaise, ce qui rend le roman d’autant plus réussi.

Pour moi, Rod Marty est la découverte fantastique de l’année et Les enfants de Peakwood le meilleur roman des éditions Scrinéo lu à ce jour.

Rod Marty sur Tête de lecture

 

Les enfants de Peakwood

Rod Marty
Scrinéo, octobre 2015
382 pages, 20€





4 responses to “Les enfants de Peakwood de Rod Marty”

    1. Sandrine
  1. Lisbei
    1. Sandrine

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