Le jour des morts de Nicolas Lebel

D’abord un empoisonnement à l’hôpital Saint-Antoine, quatre autres dans un appartement des Champs-Élysées, puis d’autres encore. Tous sont l’oeuvre d’une femme, l’Empoisonneuse, qui bientôt sème la panique à Paris : qui sera sa prochaine victime ? L’équipe du capitaine Mehrlicht du commissariat du XIIe arrondissement prend l’affaire en main. Pour empêcher la tueuse de frapper à nouveau, il faut découvrir ses motivations, ce qui ne viendra que tard dans le roman. Se fait également attendre le lien entre cette intrigue principale et Denis Leroy, libraire d’anciens de son état, chargé par le ministre Farejeaux de constituer une collection de livres rares et chers. Patience lecteur, patience…

Certains auteurs de romans policiers français ont fait le pari du roman à l’américaine. Nicolas Lebel fait lui dans le 100% français, avec tout ce que ça comporte de clichés, de Gitanes et de bonne bouffe. Et si l’intrigue n’innove pas, Le jour des morts retient l’attention par ses personnages, en particulier le capitaine Mehrlicht qui n’a rien, mais vraiment rien pour lui :

Le lieutenant stagiaire examina le petit homme qui se tenait devant lui ; il portait un costume marron certainement volé dans les années 1970 à l’un des Bee Gees ou, à voir son aspect défraîchi et ses taches, dans les années 2000 à l’un de leurs cadavres. Son visage anormalement vert lui donnait un air de batracien, que renforçaient ses deux gros yeux gonflés et noirs. Quelques fils s’échappaient de son crâne en guise de chevelure et achevaient d’en faire une grenouille à cheveux, comme dans un conte qu’on lui lisait, enfant.

Il a un caractère de cochon, râle et fume tout le temps, boit trop. Dire qu’on l’aime bien serait abusif, mais il cumule tant de clichés franchouillards qu’on l’apprécie malgré tout. Il a pour lui un sens de la répartie imparable (il se tait rarement) et un humour décomplexé. Et puis ses subordonnés, les lieutenants Sophie Latour et Mickael Dossantos ont l’air de l’apprécier… Le stagiaire par contre beaucoup moins. Il faut dire que Mehrlicht déteste d’emblée tous les stagiaires, qu’il veut leur en faire baver, et que Guillaume Lagnac, fils à papa sûr de lui n’est pas pour lui plaire. On n’oublie par le légiste Carrel, Fanny la journaliste, Mado l’aubergiste : belle galerie de personnages très bien campés.

Nicolas Lebel possède un évident sens du dialogue, toute son équipe y gagne en cohésion. L’humour est primordial, efficace. Il se permet donc quelques scènes gratuites, sans lien avec l’intrigue, comme un déjeuner désastreux au niveau culinaire entre Mehrlicht et le légiste : l’occasion d’échanger vertement sur la gastronomie française. Il s’autorise également l’émotion, à travers l’amitié entre Mehrlicht  et son collègue en phase terminale à l’hôpital : tous deux s’amusent le plus possible, on peut dire qu’ils déconnent à mort avant qu’elle ne survienne. Ainsi Nicolas Lebel prend-il le temps de construire une ambiance réaliste et familière, un univers qui n’est pas exclusivement centré sur l’enquête.

Le petit point faible se situe dans la résolution de l’intrigue, c’est-à-dire dans les raisons qui motivent l’empoisonneuse. Cette histoire de vengeance par-delà l’Histoire me semble aujourd’hui bien improbable. Elle justifie le grand nombre de meurtres mais le motif est surexploité.  Je n’ai pas été convaincue non plus par la panique qui s’empare de la capitale.

Deux aspects qui ne sont au final qu’anecdotiques puisque l’intérêt est ailleurs : Lagnac va-t-il se prendre l’humiliation qu’il mérite ? Le fiancé sans-papiers de Latour va-t-il être expulsé ? Dans quoi Dossantos a-t-il mis le nez en demandant un service à ses anciens amis d’extrême droite ? Mehrlicht succomberait-il aux charmes inattendus du Limousin ? Autant de questions qui, additionnées aux cadavres, aiguisent l’attention d’un lecteur de plus en plus fébrile au fil des pages. Cependant, si les crimes de l’empoisonneuse sont bien résolus à la fin de ce volume, il reste bien des interrogations autour des membres de l’équipe Mehrlicht.

Tout divertissant soit-il, L’heure des morts n’en oublie pas de balancer quelques petits coups de pattes à droite à gauche (enfin plutôt à droite…) contre la société française et les aberrations de son système administratif. Bref, du franchouillard épatant, drôle et malin qui maîtrise très bien les clichés. Je vous laisse avec Mehrlicht qui ne veut pas du tout partir pour le Limousin.

Patron, je quitte jamais Paris. C’est religieux. C’est karmique ! J’ai été en vacances en province une fois, j’ai été malade, j’ai failli mourir. Ça fait vingt ans. Mes vaccins sont toujours pas à jour… J’ai rien contre la province, je veux pas y aller, c’est tout ! Et puis il y a des animaux dans tous les coins, des chiens qui vous foncent dessus, des renards, des sangliers complètement tarés. Des vaches qui chient partout. Je suis pas préparé mentalement. C’est comme pour la lune, les astronautes, ils ont un entrainement de fous…

 

Le jour des morts

Nicolas Lebel
Marabout (Poche Marabout), 2015
ISBN : 978-2-501-10374-9 – 413 pages – 6,99 €





35 responses to “Le jour des morts de Nicolas Lebel”

    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  1. indira
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  2. Le Papou
    1. Sandrine
    1. Sandrine
  3. Edea
    1. Sandrine
      1. Edea
    1. Sandrine
    1. Sandrine

Laisser un commentaire



Recevez des nouvelles de Tête de lecture par mail