Le poids du coeur de Rosa Montero

Rosa Montero a étendu son grand talent à la science-fiction avec Des larmes sous la pluie. Il faut croire qu’elle a eu du mal à se séparer de son héroïne réplicante Bruna Husky puisque la voilà de retour dans Le poids du coeur, qui malgré son titre n’est pas une guimauve sentimentale.

Le contexte est toujours aussi glauque et ici au cœur du roman. L’androïde de combat, qui est aussi détective privée, enquête autour de la radioactivité et en particulier des déchets radioactifs accumulés par nos soins. Au court d’une émeute, elle recueille une enfant de dix ans, Gabi, condamnée à très court terme en raison de sa forte irradiation : qu’a-t-elle vécu ? Contre toute attente, Bruna s’attache à l’enfant, d’autant qu’elle est elle-même, de par sa nature, condamnée à mourir après dix ans de vie. Sans cesse, elle compte les jours qui la séparent de sa mort programmée par cancer généralisé et foudroyant.

Son impulsivité a valu à Bruna un avertissement dont elle ne peut se défaire qu’en se laissant soigner par un tripoteur, sorte de masseur agissant sur les synapses. Bruna en ferait des cauchemars si le tripoteur en question n’était aussi séduisant… Elle peut donc exercer son métier de détective privé, qui l’amène à rencontrer plusieurs personnes qu’on retrouve mortes peu après. Les cadavres s’accumulent dans son sillage : l’enquête s’annonce plus corsée qu’il n’y paraît.

Sauf qu’elle se révèle moins intéressante que la précédente, au sens où les événements ne s’enchaînent pas avec la même fluidité. Rosa Montero élargit la perspective en proposant une intrigue moins centrée sur l’humain, aux enjeux plus politiques et sociaux. Et du coup moins originale et plus stéréotypée, y compris dans les rapports entre les personnages.

Elle nous mène quand même jusqu’en Finlande, en un lieu étonnant, qu’on aimerait science-fictionnel. Comme souvent dans la science-fiction à court terme, ce qui fait l’efficacité du contexte c’est sa plausibilité. Rosa Montero ne fait qu’imaginer les conséquences de notre inconséquence et rien ne nous semble impossible dans cette science-fiction-là. Sauf l’existence prochaine de plateformes flottantes, sortes de satellites artificiels peuplés dont une, Labari, reçoit la visite de la réplicante. Ce cadre pseudo-médiéval abrite une dictature religieuse sinistre qui fait froid dans le dos.

Petite déception donc, qui n’empêche en rien d’espérer un troisième volume.

Rosa Montero sur Tête de lecture

 

Le poids du coeur

Rosa Montero traduite de l’espagnol par Myriam Chirousse
Métailié, janvier 2016
356 pages, 22€

El peso del corazón, parution originale : 2015







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