Les vies de papier de Rabih Alameddine

J’ai lu Les vies de papier car il m’a été offert. Celle qui me l’a donné ne m’avait pourtant vue qu’une fois, mais elle a sorti ce livre de sa bibliothèque et me l’a tendu en me disant : « il devrait te plaire ». J’ai attendu pour le lire, attendu le bon moment. Et j’ai beaucoup pensé à toi hier Sylvaine, sois forte.

J’ai donc rencontré Aaliya, beyrouthine de soixante-douze ans aux cheveux bleus. Elle vit seule, très seule dans un appartement trop grand que lui envie sa famille. Mais elle ne veut rien lâcher, pas même accueillir sa vieille mère car sa solitude, elle la chérit.

Elle a été libraire pendant de très nombreuses années et n’a cessé parallèlement de traduire Sebald, Bolaño, Yourcenar, Schulz, Moravia… : tous les auteurs qu’elle aime passent entre ses mains. Non qu’elle maîtrise toutes ces langues, loin de là, elle traduit en arabe à partir de traductions françaises ou anglaises. Étrange procédé qui s’explique au cours du roman et qu’il serait dommage de dévoiler.

Aaliya est une femme de rituels, aussi entame-t-elle une nouvelle traduction à chaque 1er janvier. A soixante-douze ans, serait-il présomptueux d’entamer celle du 2666  de Bolaño ? Cela prendra plus d’un an et elle ne cesse d’être dérangée : par la vieillesse qui rend tout plus lent, par ses voisines qui voudraient bien en savoir plus sur elle après cinquante ans de cohabitation pour certaines, et surtout par les souvenirs qu’elle accueille comme ses seuls amis.

La vieille dame se souvient de sa vie, de son mari impuissant qui l’a répudiée, lui rendant ainsi sa liberté, de sa vie à la librairie, de son amie Hannah, de la guerre, du Beyrouth d’hier. Le récit de ses souvenirs est émaillé de citations et de titres de livres dont elle se souvient bien mieux que les noms des gens.

J’ai beau connaître les personnages d’un roman en tant que collection de scènes également, en tant que phrases accumulées dans ma tête, j’ai le sentiment de les connaître mieux que ma mère. Je remplis les blancs avec les personnages littéraires plus facilement qu’avec des gens qui existent vraiment, ou peut-être est-ce que je fais plus d’effort. Je connais la mère de Lolita mieux que la mienne, et je dois dire que je me sens plus proche d’elle que de ma mère.

Malgré la tendresse que l’on éprouve pour cette femme dont la vie n’est que littérature, son récit m’a parfois ennuyée. Elle ressasse beaucoup sa toute petite vie et son égoïsme la rend amère. C’est une belle chose qu’elle ait trouvé dans les livres un remède à sa solitude, c’est bien plus triste qu’elle en ait fait un rempart contre le monde. Comme sa vie, le récit manque de rythme, s’essouffle parfois et se traine, diluant mon attention.

J’ai cependant apprécié la belle évocation de Beyrouth, ville blessée ainsi que de partager l’intimité de cette femme arabe, mariée de force et délaissée qui m’a semblé réaliste pour autant qu’elle puisse l’être sous la plume d’un écrivain homme.

 

Les vies de papier

Rabih Alameddine traduit de l’anglais par Nicolas Richard
10/18 n°5269, 2017 (première édition française : Les Escales, 2016)
ISBN : 978-2-264-06996-2 – 355 pages – 8,10 €





27 responses to “Les vies de papier de Rabih Alameddine”

  1. Celestial Musae
    1. Sandrine
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  2. Le Papou
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  3. Céline

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