Le moins que l’on puisse dire c’est que je ne regarde pas beaucoup de séries : la dernière, c’était il y a près de quatre ans pendant le premier confinement 2020. Si j’ai commencé et vu tous les épisodes des deux saisons de La conspiration du silence, c’est parce que mon producteur de podcasts faits divers me les a chaudement recommandées. Et parce que je voulais savoir comment on peut faire un épisode de série avec seulement 10 000 €.
Je n’ai pas travaillé sur l’histoire des disparues de l’Yonne dont il est ici question. Et comme je ne suis pas à la base intéressée par le fait divers, je ne connaissais pas cette histoire. Comme tout le monde, j’avais entendu parler d’Emile Louis mais sans beaucoup de précision. Sachez que ce type est mort en 2013, ce qui est une bonne chose pour le genre humain et pour l’Yonne en particulier.
Tout commence par la découverte d’un cadavre de femme dans une grange en 1981. Personne ne sait qui elle est. Il y a là l’essence de cette série : des femmes qui disparaissent. Des femmes et des jeunes fille. Un jour elles sont là, le lendemain plus et personne, PERSONNE ne s’en soucie. Pourquoi ? Parce que ce sont des enfants de la DDASS (vous savez, cet organisme d’État chargé de protéger les enfants…), parfois majeure mais pas toujours. Des années plus tard on les retrouve (ou pas) assassinées au coin d’un bois.

Un cadavre donc pour commencer mais dans les autres cas c’est l’inverse : des jeunes filles placées dans des familles d’accueil (pour les protéger des dysfonctionnements de la leur) disparaissent mais ces disparitions ne déclenchent aucune enquête puisque personne ne signale rien. Pas de cadavres.
Il y a un gendarme (Christian Jambert) qui dans son coin mène l’enquête et découvre que les quatre, cinq, six filles disparues ont toutes un lien avec la DDASS et le chauffeur de bus du coin nommé Emile Louis. Il transmet le dossier qui disparaît dans les méandres du palais de justice d’Auxerre.
Dans ces années 70 pourtant, des établissements spécialisés (des Instituts Médico-Educatifs) s’ouvrent pour donner une scolarité à ces enfants abandonnés et légèrement déficients parfois. C’est révolutionnaire car ils sont enfin considérés comme autre chose que des boulets. Mais le couple Charrier, à l’origine de très nombreux établissements de la région auxerroise va utiliser ces filles comme gibier sexuel. Monsieur a un harem soumis a disposition… Et surtout, Monsieur le Bienfaiteur est intouchable, au-dessus de tout soupçon. C’est à vomir. Le pire étant sans doute que ces filles disparaissent dans la plus grande indifférence.
Chaque épisode de la saison 1 s’ouvre sur cette citation d’Albert Einstein :
Le monde est trop dangereux pour qu’on y vive, non à cause des gens qui font le mal, mais à cause de ceux qui les laissent faire sans bouger.
C’est ce qui m’a le plus choquée dans cette série : l’absence totale de Justice. Et pire, son aveuglement volontaire. Thierry Fournet, réalisateur, travaille sur cette affaire depuis plusieurs décennies. Il veut convaincre le spectateur si ce n’est de la compromission au moins de l’indifférence de la Justice, celle des gens de peu. Et il le démontre très bien avec l’affaire du couple Dunand. Près d’Auxerre dans les années 80, le couple séquestre des jeunes filles qu’il livre en pâture à des détraqués sexuels qui viennent chez lui pour les torturer. Pour ça, ils paient très cher et sont donc riches. Une victime parvient à s’échapper emportant un carnet d’adresse avec les noms des clients, les Dunand sont arrêtés, jugés, condamnés (Claude Dunand ne fait que 13 ans de prison) ; et vous savez quoi ? Les clients courent toujours dans la nature, torturant encore s’ils le peuvent. Mais bon, ce ne sont que des filles de la DDASS, qui s’en soucie ? Personne.
Si l’affaire est sortie du silence, c’est grâce à des particuliers obstinés (Pierre Monnoir), des avocats (Corinne Herrmann) et surtout des journalistes (Elsa Vigoureux) dont l’émission « Perdu de vue » qui fait éclater l’affaire en 1996, vingt ans après les premières disparitions. Dans quel pays vit-on s’il faut que des journalistes fassent le boulot de la police et de la justice ?
Le titre de la série, La conspiration du silence, a des accents complotistes qui ne me plaisent pas mais comment douter après ces 16 épisodes (de 30 à 40 minutes chacun) qu’il y a volonté de taire et de dissimuler ? Même le gendarme qui a tant travaillé sur l’affaire des disparues est retrouvé assassiné de deux balles mortelles de carabine et on conclue à un suicide…
Il y a avait dans la région auxerroise entre les années 70 et 90 plusieurs monstres humains : Emile Louis, Christian Charrier, les Dunand, Michel Fourniret (mort en 2021). Si bien que vous pouvez aujourd’hui encore vous promener dans les bois et tomber sur un cadavre, c’est fréquent. On ne saura sans doute pas l’identifier puisqu’on ne sait pas qui a disparu, une fille de la DDASS sans doute, sans parents ni famille. Sans une personne qui l’aime susceptible de signaler sa disparition. Une femme réduite au statut d’objet sexuel pour homme qui aurait tort de se priver puisque l’impunité est acquise. Fourniret revendique plus de 40 victimes… 40 femmes qu’on n’a pas toutes identifiées. Emile Louis en a reconnu 7, il n’est condamné qu’en 2004, il a eu le temps de bien s’amuser, ses crimes étaient prescris quand on l’a arrêté.
La Conspiration du silence, une série en 2 saisons écrite et réalisée par Vincent Hérissé et Thierry Fournet, est à voir en replay sur France TV.
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