Solaris de Stanislas Lem

Kris Kelvin arrive dans la station orbitale qui surplombe la planète Solaris. Il s’attend à retrouver trois collègues mais Gibarian est mort, Sartorius enfermé dans sa chambre et Snaut à peu près fou. On dirait qu’il se passe quelque chose d’anormal sur Solaris…

Savoir ce qui s’y passe vraiment est tout l’enjeu de ce roman écrit par un auteur polonais de science-fiction, ils ne sont pas si nombreux à atteindre une renommée mondiale. Solaris est recouverte d’un immense océan intelligent. En fait, c’est un cerveau avec lequel les scientifiques tentent d’entrer en contact. Mais la communication demeure jusqu’à présent impossible. Les solaristes ont cherché, étudié, publié de très nombreux ouvrages et émis des dizaines de théories sur la nature de cet océan sans parvenir à communiquer avec lui. Ces recherches et théories, le lecteur les découvre grâce à Kelvin qui se rend dans la bibliothèque de la station et les lit. Ce qui nous vaut quelques pages totalement incompréhensibles, qu’on sautera sans scrupule. Car toute la science du monde ne peut rien pour comprendre Solaris. Cette planète dépasse l’entendement humain, c’est l’une des leçons du roman.

Si Solaris est un bon roman de science-fiction, c’est parce qu’il parle de l’être humain. Quand Kelvin se réveille un matin et qu’il découvre à ses côtés Harey, son ex-femme femme suicidée par sa faute dix ans plus tôt, il croit être devenu fou. Pour échapper à la folie, il l’enferme dans un mobile spatial et l’expédie très loin. Mais le lendemain, elle est à nouveau là. Elle est sa chère épouse dont il porte la culpabilité comme un fardeau. C’est bien elle, en chair et en os. Car elle se souvient de lui, elle l’aime et ne veut plus le quitter. Bientôt, lui non plus ne veut plus la quitter. Il comprend que ses collègues aussi vivent avec ceux qu’ils appellent des visiteurs. Pourquoi ? D’où viennent-ils ? Est-ce Solaris qui les envoie ? Pourquoi sont-ils immortels ?

Parmi toutes les réponses possibles, aucune ne tient face à la réalité de Harey qui vit au jour le jour avec Kelvin et ne peut s’éloigner de lui. La science ne peut expliquer le mystère Solaris alors la religion le peut-elle ?

Quand l’homme ne comprend pas, il cherche des réponses. Il veut comprendre le monde et n’admet pas d’être borné dans sa compréhension. Ce que semble nous dire Stanislas Lem, c’est que l’homme lui-même (et pas une planète imaginaire) produit de l’incompréhensible comme les rêves, le remords, la culpabilité. Tout ce qui appartient au domaine de l’esprit, de la psychologie peine à être circonscrit par la science car l’humain est multiple et donc bien trop complexe (comme la planète Solaris). D’ailleurs, l’humain n’a-t-il pas renoncé à se comprendre lui-même quand il s’est tourné vers les étoiles et la conquête spatiale ?

L’homme est parti à la découverte d’autres mondes, d’autres civilisations, sans avoir entièrement exploré ses propres abîmes, son labyrinthe de couloirs obscurs et de chambres secrètes, sans avoir percé le mystère des portes qu’il a lui-même condamnées.

Il faut accepter de ne pas comprendre (un livre, les autres, soi-même). Quand Stanislas Lem écrit ce roman, la tendance est inverse car la science est partout, est censée répondre à tout. Quelle prétention ! L’être humain est un mystère pour lui-même comme la planète Solaris l’est pour les solaristes.

Malgré quelques passages ardus et inutiles, Solaris n’est pas un roman de science-fiction traditionnel. C’est une vaste réflexion sur l’humain et ses limites, sur le couple, la culpabilité.

 

Solaris

Stanislas Lem traduit du polonais par Jean-Michel Jasienko
Gallimard (Folio SF n°92), 2017
ISBN : 9782070468751 – 336 pages – 8,20 €

 

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33 responses to “Solaris de Stanislas Lem”

  1. Nathalie
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