Mr Mercedes de Stephen King

Mr Mercedes de Stephen King c’est l’histoire d’un affrontement entre un vieux flic à la retraite au bord du suicide et un tueur de masse en mal de reconnaissance. La scène inaugurale est celle du massacre que ce dernier perpétue avec une Mercedes volée qui lui vaudra son surnom. Alors que depuis la nuit des chômeurs font la queue devant un City Center, espérant obtenir un job au cours d’une foire à l’emploi, le type fonce dans la foule et fait huit morts. La police (dont Bill Hodges, en charge de l’enquête) n’a pas identifié le tueur.

Six mois plus tard, alors qu’il est depuis peu à la retraite, Bill Hodges reçoit une lettre du tueur qui le nargue et moque l’inefficacité de la police. La lettre réveille Bill de sa torpeur suicidaire et télévisuelle car il comprend que le tueur fait partie de son entourage : il connaît des détails de sa vie personnelle. Il l’invite à discuter sur un site : « Sous le parapluie bleu de Debbie » (d’où la couverture).

Le tueur s’appelle Brady Hartsfield. Il est dépanneur dans un magasin informatique et vendeur de glace ambulant. Tout le monde aime le vendeur de glace, Mister Délice… Mais Mister Délice déteste tout le monde. Surtout le vieux flic à la retraite qu’il veut pousser au suicide.

Le lecteur a une longueur d’avance puisqu’il sait ce que l’enquêteur ne sait pas : l’identité du tueur qui épie Bill. Dès lors, il ne s’agit pas d’une enquête policière mais d’une traque doublée d’une course contre la montre. Car Brady Hartsfield mijote un autre crime de masse, bien plus spectaculaire, dans lequel il perdra la vie. Bill Hodges s’en doute mais où et quand ?

Comme il est vieux (62 ans) et nul en informatique, Bill s’adjoint occasionnellement puis de plus en plus souvent, les services de son voisin Jerome Robinson, un jeune Noir très intelligent qui aime singer le nègre de plantations. Il tond les pelouses tout en préparant Harvard et en répondant « Oui missié » à tout ce que lui demande Bill.

Bill commence par refaire l’enquête dont il était chargé avec son collègue Pete autour du tueur à la Mercedes. Il se rend compte qu’il a psychologiquement maltraité un témoin qui ne leur revenait pas, une femme trop bourge, trop sûre d’elle. Elle a été poussée au suicide par Mr Mercedes et tout le monde a pris ce geste pour un aveu de culpabilité. Mais Bill se rend compte que non… et qu’il a mal agi. Raison de plus pour reprendre l’enquête, en toute discrétion cette fois, c’est-à-dire sans en avertir ses ex-collègues. Dans l’illégalité donc…

Mr Mercedes s’écrit sur fond de crise sociale dans l’Amérique de 2010. Les gens se lèvent à trois heures du matin pour aller faire la queue à une foire à l’emploi et les jeunes doivent cumuler plusieurs boulots pour s’en sortir. Mais c’est aussi une société hyper connectée avec ceux qui savent, ceux qui rament et ceux qui croient savoir. Avec les personnages de Jerome et d’Holly (nièce de la suicidée), il est aussi question de racisme et d’ostracisme, Holly étant un peu à l’ouest, socialement inadaptée mais se révèle (assez soudainement) très douée en informatique elle aussi.

Ces deux jeunes gens en marge vont aider le vieux Bill dans son enquête de façon un peu incroyable parfois avouons-le. Pas « incroyable » au sens fantastique, il n’y en a pas ici, mais improbable. Pourtant, le suspens fonctionne et on se demande si le trio va arriver à temps pour empêcher un massacre de pré-adolescentes lors d’un concert. Et là, on se rappelle que dans ses romans d’horreur, Stephen King n’hésite jamais à sacrifier ses personnages et surtout des figurants, alors pourquoi pas ? Pourquoi ne pas faire exploser la bombe humaine en plein concert de boys band ? Bref, on marche à fond grâce à un suspens en tout point maîtrisé.

Stephen King cherche encore et toujours dans ses romans les origines du Mal. Il remonte sans doute à l’enfance, à l’impossible bonheur, à la famille dysfonctionnelle, aux mères qui disjonctent et prennent le mauvais chemin, à la solitude sociale dans un monde d’apparence et de plaisir. Le romancier privilégie ici l’enquête et le contexte psychologique, social et historique est donc moins fouillé que dans d’autres (comme Ça ou 22/11/63). Mais c’est un policier bien mené, sans temps mort, le premier d’une trilogie consacrée à Bill Hodges mais qui peut se lire seul.

Stephen King sur Tête de lecture

 

Mr Mercedes

Stephen King traduit de l’anglais (américain) par Nadine Gassie
Albin Michel, 2015
ISBN : 978-2-226-31468-0 – 473 pages – 23,90 €

 

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29 responses to “Mr Mercedes de Stephen King”

  1. keisha41
      1. keisha41
  2. je lis je blogue
  3. aifelle
  4. luocine

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