A Normal Family de Hur Jin-ho

Comme l’indique son titre, ce film nous plonge au coeur de A Normal Family, une famille normale… On espère le titre ironique mais je pense que le but est justement de nous montrer que non. Cette famille coréenne est universelle, comme l’était celle décrite par Herman Koch dans son terrible roman Le dîner dont le film s’inspire. C’est d’ailleurs la quatrième adaptation de ce roman néerlandais.

Cette famille normale se compose de deux frères. L’un est chirurgien. Avec sa femme ils ont un fils adolescent très renfermé. Il est harcelé au lycée. L’autre est avocat. Il a une fille adolescente d’un premier mariage, une très jeune seconde épouse et un bébé. Les deux cousins s’entendent bien. Pas les deux frères.

Le film s’ouvre sur une scène violente. Deux jeunes automobilistes se disputent car l’un des deux conduit très dangereusement. L’autre sort une batte de base ball pour abîmer sa voiture. Le chauffard lui rentre dedans délibérément, le tue et percute aussi sa voiture. Il blesse ainsi grièvement la petite fille qui se trouve dedans.

Le frère chirurgien opère la petite fille tandis que le frère avocat défend le chauffard. Il lui met dans la bouche les mots de son remords qui ne lui viennent pas du tout naturellement. Tout ce que craint le chauffard c’est d’avoir à payer.

Les deux frères et leurs femmes se retrouvent souvent pour dîner ensemble dans de luxueux restaurants. On se demande pourquoi car les deux frères sont très différents. L’ambiance n’est vraiment pas sereine. Le chirurgien et sa femme sont généreux et ouverts aux autres (ils prennent soin chez eux de la grand-mère, font du bénévolat en Afrique) alors que l’avocat pense avant tout à l’argent, sans scrupule.

On comprend de quel côté sont les valeurs humaines. Mais ces frontières si manichéennes vont heureusement voler en éclats à la faveur d’un drame.

C’est alors que leurs parents sont au restaurant que les deux cousins se rendent clandestinement à une soirée très arrosée. Au retour, ils tabassent un SDF à mort. Ils ne savent pas qu’ils sont filmés par des caméras de surveillance qui vont faire la une des médias.

Les parents reconnaissent leurs enfants sur le film diffusé à la télévision. Vont-ils les dénoncer ? Vont-ils tout faire afin de les protéger ? C’est l’axe suspens du film, tout en revirements. Aucun des deux frères aux personnalités si opposées ne s’intéressait jusque là à leur progéniture. Ils vont désormais évoluer dans leur perception du drame, jusqu’à s’opposer à nouveau sur la marche à suivre. Et le spectateur de se demander : que ferais-je à leur place ?

Mais le plus intéressant n’est pas là, A Normal Family serait un film hollywoodien. C’est beaucoup mieux. Ce qui est absolument effrayant, c’est le portrait de la jeunesse. J’aimerais écrire « de la jeunesse coréenne » mais ce serait sans doute trop optimiste. Car les deux jeunes sont tout bonnement effrayants. Ils n’ont absolument aucun remords. Ils continuent leur vie comme s’ils ne venaient pas d’en supprimer une. Rien ne semble pouvoir les atteindre ou les toucher. Si ce n’est d’entrer dans une prestigieuse université américaine. Ils sont totalement déshumanisés. On ne sait ce qui les a amenés là et ce n’est pas une scène avec téléphone portable au petit-déjeuner qui l’explique. Ce n’est pas un film sur l’origine de la violence mais sur son omniprésence.

Le réalisateur Hur Jin-ho construit donc son film sur le malaise. À aucun moment le spectateur ne se sent bien. La violence est partout, y compris dans les foyers si glaçants, si propres. Y compris et surtout dans le cabinet de l’avocat qui représente la Justice dévorée par l’Argent. Dans une société construite sur la réussite, il n’y a pas de place pour l’empathie. Un SDF n’a aucune valeur humaine. On peut le tabasser à mort pour se défouler et continuer son train-train quotidien. Il n’y a aucune scène de complicité ou d’amour entre parents et enfants. Comme le signale Audrey dans son billet, on est très loin du monde « coloré et plein de peps que l’industrie du divertissement met en avant ».

Par son aspect social et familial, ce film rappelle l’excellent Parasite de Bong Joon-ho qui met aussi en scène les différences sociales en Corée du Sud. Sauf qu’il n’y a pas un brin d’humour dans A Normal Family. Par contre, on y trouve des cris, des larmes et un brin d’hystérie, ce qui est rare dans un film coréen (selon ma maigre expérience).

Au passage, merci au cinéma associatif Le Douron de nous permettre de voir des films coréens en v.o. au fin fond de la Bretagne !

 

A Normal Family de Hur Jin-ho

Avec Seol Kyeong-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae et Claudia Kim
Durée : 1 h 56
Sortie nationale : 11 juin 2025





30 réponses à « A Normal Family de Hur Jin-ho »

  1. Choup
  2. luocine
  3. Violette

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